Un homme a été formellement accusé d’avoir agressé sexuellement une femme alors que les deux se trouvaient en quarantaine dans un hôtel de l’aéroport Trudeau, à la demande des autorités fédérales.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

Les voyageurs y sont amenés pour protéger la population. Pour Sarah*, c’est la quarantaine à l’hôtel qui l’a mise en danger. « Le gouvernement n’a pas réussi à me protéger », a confié Sarah à La Presse.

Le 16 février, la jeune femme de 24 ans arrive à Montréal en provenance de San Diego, où elle habitait avec son copain depuis quelques temps.

À la suite de l’annonce fédérale concernant la quarantaine obligatoire à l’hôtel, Sarah s’est empressée de réserver un vol de retour. Elle affirme qu’un agent de Santé Canada l’a informée au téléphone qu’un test antigénique rapide serait accepté à l’aéroport. Or, une fois à Montréal, son test est refusé.

« Ils m’ont dit qu’il ne correspondait pas aux exigences du gouvernement. On m’a saisi mon passeport et on m’a mise dans un taxi, sans me dire où j’allais », a raconté Sarah, au bout du fil.

Elle est amenée à l’hôtel Sheraton, à Dorval. Certains étages y sont alors réservés pour les voyageurs que Santé Canada souhaite garder en isolement en attente d’un résultat de test.

À son arrivée, on lui tend un dépliant avec toutes les consignes en vigueur dans l’établissement. Aucune photo ni vidéo ne peut être partagée sur les réseaux sociaux. Les résidants n’ont pas le droit d’utiliser les verrous de sécurité à l’intérieur des chambres – dans celle de Sarah, il a été carrément retiré. « Ceci permettra l’accès à votre chambre en cas d’urgence. Le site a une surveillance 24 h/24 h. Vous êtes en sécurité », indique le dépliant auquel La Presse a eu accès.

« Il faut que je le repousse en silence »

Le lendemain soir, Sarah sort sa tête du cadre de porte de sa chambre, en quête d’une bouteille d’eau. Elle en avait déjà demandé une à la réception, trois heures plus tôt. Sans succès. Dans le couloir, elle tombe sur son voisin de chambre, Robert Shakory, avec qui elle discute brièvement : « Il avait à peu près mon âge. Je lui ai demandé pourquoi il était là, s’il avait été amené de force lui aussi. Ça n’a pas duré longtemps. »

Selon Sarah, c’est là que tout aurait dérapé. Le jeune homme l’aurait invitée dans sa chambre, invitation qu’elle aurait déclinée.

« Je lui dit que j’avais un copain et que je ne n’étais pas intéressée. Tout à coup, il s’est mis à courir dans ma chambre. J’ai fermé la porte, paniquée, parce que j’avais peur qu’on nous surprenne. On n’avait pas le droit d’être ensemble », raconte-t-elle.

Dans la chambre de Sarah, M. Shakory se serait mis à son aise. Il se serait étendu sur le divan, aurait flirté avec elle. Pendant tout ce temps, la jeune femme lui aurait répété de partir. Rien n’y faisait.

Paniquée, elle se serait rendue à la salle de bain, où se trouvait son téléphone portable. M. Shakory l’y aurait suivie.

« Il commence à toucher mon corps, à toucher mes hanches. Il sort un condom de sa poche, et me demande de coucher avec lui. Je répète ‟non”. Il insiste, il me dit : “C’mon, ça fait vraiment longtemps que je n’ai pas eu de sexe” », décrit Sarah, la voix tremblante.

À ce moment-là, mon ton change. Je deviens fâchée, apeurée et agressive en même temps. J’ai peur de crier, parce que je sais qu’on n’a pas le droit d’être dans la même chambre. Il faut que je le repousse en silence. Je ne sais pas quoi faire.

Sarah

Elle serait finalement parvenue à se dégager de l’emprise du jeune homme et à courir vers le couloir dans l’espoir de trouver un autre usager. Personne. Lorsqu’elle s’est retournée, l’homme aurait baissé son pantalon et se serait masturbé.

C’en était trop pour Sarah. Elle était prête à être prise en faute par la sécurité de l’hôtel. Elle aurait menacé M. Shakory de crier à l’aide. C’est seulement à ce moment qu’il aurait accepté de partir.

En état de choc, Sarah a appelé la sécurité de l’hôtel, qui a pris plus de 15 minutes à arriver. « Ils cognent à ma porte et vous savez ce qu’ils font ? Ils me donnent une bouteille d’eau. »

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a été appelé sur les lieux, avant de procéder à l’arrestation de Robert Shakory. Originaire de Windsor, en Ontario, l’homme de 29 ans a été accusé d’agression sexuelle, d’introduction par effraction et de harcèlement. Sans antécédent judiciaire et « sans histoire », indique son avocate, MAnn Wasajja, M. Shakory a été libéré sous caution. Il devra retourner en cour le 3 mai au palais de justice de Montréal pour la suite du processus judiciaire.

Pensées intrusives

Après l’évènement, Sarah s’est fait proposer par les agents de sécurité d’aller à l’hôpital, à condition de retourner ensuite à l’hôtel.

J’ai refusé. Pas question que je retourne là où je me suis fait agresser sexuellement ! J’ai dit soit vous m’amenez dans un autre hôtel, soit vous me laissez partir.

Sarah*

Entre-temps, le résultat du test de Sarah est rentré : négatif. La jeune femme a pu quitter l’hôtel, mais le traumatisme de l’évènement, lui, ne la quittera jamais.

« Dormir est difficile. Je n’ai pas beaucoup mangé les premiers jours. J’ai beaucoup de pensées intrusives, plus que d’habitude en tout cas. Je souffre déjà de dépression et d’anxiété, ce qui n’aide pas », souffle-t-elle.

Aujourd’hui, Sarah est de retour chez elle. Elle n’arrive toujours pas à croire qu’une telle situation lui soit arrivée, « en sol canadien, sous le contrôle du gouvernement ».

Au moment d’écrire ces lignes, la direction de l’hôtel Sheraton n’avait pas donné suite à la demande d’entrevue de La Presse.

* Prénom fictif

Avec la collaboration de Louis-Samuel Perron et d’Henri Ouellette-Vézina, La Presse