Un chauffard en état d’ébriété a été reconnu coupable mercredi d’avoir tué un signaleur routier et d’avoir blessé six travailleurs du ministère des Transports sur un chantier montréalais à l’hiver 2018. Vincent Lemay roulait à grande vitesse sur l’autoroute 20, lorsqu’il a provoqué ce funeste accident.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Jusqu’à la dernière seconde, littéralement, alors que le chantier est visible, il a roulé à pleins gaz, littéralement, omettant d’abord de conduire de façon sécuritaire et ensuite d’adapter sa conduite à la présence de ce chantier », a conclu le juge Pierre Dupras, mercredi, au terme d’un procès de deux semaines à la mi-décembre au palais de justice de Montréal.

Il y a presque trois ans jour pour jour, Stéphane Lebel et ses collègues du MTQ remplacent une glissière de sécurité sur l’autoroute 20, près du rond-point de Dorval à Montréal. Le chantier temporaire bloque ainsi la voie de droite. À l’approche du chantier, la conductrice d’un Honda CR-V roule à 80 km/h dans la voie du centre, alors que l’accusé accélère à 135 km/h dans la voie de gauche au volant de son imposante camionnette F-250.

C’est dans ce contexte que Vincent Lemay percute violemment l’arrière gauche de la Honda, lorsque celle-ci change de voie. Une collision aux funestes conséquences, puisque la Honda est projetée sur les employés du MTQ. Stéphane Lebel, 44 ans et père de deux adolescents, n’a aucune chance. Six travailleurs sont blessés, dont cinq gravement. Après le drame, le chauffard fait marche arrière sur l’autoroute et percute une camionnette du Ministère.

À son arrestation, Vincent Lemay affiche une alcoolémie de 1,69 mg/L, soit plus du double de la limite légale. Il allègue dans sa déposition avoir une bonne tolérance à l’alcool et n’avoir consommé que deux pintes de bière et un shooter dans un bar du centre-ville à la fin de son quart comme foreur.

« Que dire alors de cette vitesse de 135 km/h à l’approche du chantier, dans des conditions de chaussée mouillée et de circulation relativement dense, sinon qu’elle est une manifestation extérieure de cette diminution des inhibitions », soutient le juge.

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Stéphane Lebel, victime

Vincent Lemay rejette finalement la responsabilité sur la conductrice du Honda CR-V. Il maintient que celle-ci a provoqué l’accident en changeant de voie au moment décisif. Or, le juge rappelle qu’une manœuvre de changement de voie n’est pas imprévisible sur une autoroute. Dans les faits, c’est la conduite « imprudente, déréglée et téméraire » de l’accusé qui a contribué « de façon appréciable » à la collision mortelle. Ainsi, il importe peu, selon le juge, de déterminer si l’accusé est la cause « unique » de l’accident.

Le dossier revient en mars prochain en vue des observations sur la peine de Vincent Lemay. Le père de famille dans la quarantaine risque une peine de pénitencier pour ses crimes.

MAnik Archambault et MEmmanuelle Viau-Smith représentent le ministère public, alors que le chauffard est défendu par MRichard Dubé et MPhilippe Cloutier.