Un faux employé de Desjardins et un faux facteur de Postes Canada dérobent des milliers de dollars à des aînés depuis l’automne dernier. À Laval seulement, 39 victimes de plus de 70 ans sont tombées dans le piège des fraudeurs, depuis novembre.

Publié le 8 févr. 2021
Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse

« Je ne peux pas croire que je me suis fait avoir », lance Mariette (prénom fictif), la voix tremblante. La femme de 80 ans a accepté de raconter son histoire afin de prévenir de potentielles victimes, mais n’a pas voulu être nommée à cause de la honte qu’elle ressent et parce qu’elle craint que les fraudeurs s’en prennent à elle.

À la fin du mois de janvier, Mariette reçoit un appel d’un prétendu « Frédéric Bouchard » qui se présente comme étant conseiller à la Caisse Desjardins. Il lui annonce que sa carte de crédit a été utilisée frauduleusement dans une station-service.

Le faux M. Bouchard affirme qu’il a besoin des numéros d’identification personnels (NIP) de Mariette pour rapidement bloquer ses cartes et empêcher les malfaiteurs d’effectuer d’autres transactions.

Mariette a des doutes. Pour s’assurer que son interlocuteur est bel et bien un employé de Desjardins, elle lui demande de détailler les transactions qu’elle a effectuées le 13 janvier. « Il m’a donné les montants exacts des deux retraits et du dépôt à la cenne près », raconte-t-elle, encore sous le choc.

Le conseiller répète qu’il a besoin de ses NIP pour bloquer ses cartes de débit et de crédit. « Je lui ai donné mes mots de passe, mes codes, tout ça. Il a réussi à me mettre en confiance avec les détails de mes transactions », soupire-t-elle.

Mariette n’est pas au bout de ses peines. Le faux conseiller lui propose de rapporter ses cartes bancaires dans une succursale de la Caisse Desjardins ou d’envoyer un facteur de Postes Canada les récupérer chez elle, dans sa résidence pour personnes âgées, à Laval. Mariette n’a pas de voiture. Elle choisit de remettre ses cartes à un prétendu facteur.

« Je me suis dit que la première chose à faire, c’était de vérifier qu’il portait bien un uniforme de Postes Canada. C’était un grand homme, d’au moins six pieds. Il portait un manteau noir avec le logo de la poste sur sa poitrine. Il a pris mon enveloppe et il est parti sans rien dire », raconte Mariette. Les images ont été filmées par une caméra de surveillance de la résidence et remises à la police.

La femme de 80 ans est retournée dans son appartement, où le faux employé de Desjardins attendait au bout du fil.

Quand je lui ai dit que j’avais remis mes cartes au facteur, la ligne s’est coupée. J’ai tout de suite compris ce qui venait de se passer.

Mariette, victime de fraude

Les fraudeurs se sont rendus au guichet automatique le plus près. Ils ont retiré 3300 $ sur deux cartes. Desjardins a remboursé cette somme à la victime.

Multiplication de fraudes

Les fraudeurs ont piégé 28 personnes à Laval entre le 11 et le 26 janvier, selon le Service de police de Laval. C’est presque deux victimes par jour. Le montant des fraudes varie entre 500 $ et 5500 $.

Les fraudeurs sévissent également en dehors de Laval, ont confirmé le Service de police de la Ville de Montréal et la Sûreté du Québec, qui n’avaient pas de chiffres concernant le nombre de victimes et le montant des fraudes.

Le nom de l’institution financière apparaît sur l’afficheur du téléphone. Ça met des victimes en confiance. [Les fraudeurs] posent ensuite des questions sur les transactions antérieures qui ont l’air tout à fait normales. Puis ils demandent un NIP.

Évelyne Boudreau, porte-parole du Service de police de Laval

Mme Boudreau n’a pas été en mesure d’expliquer comment les fraudeurs avaient pu avoir accès aux détails des transactions des victimes. Mariette reçoit ses relevés de compte en ligne, jamais par la poste. « L’enquête va peut-être le démontrer, mais nous n’avons pas cette information pour le moment. »

Chez Desjardins, on confirme qu’il s’agit d’un « stratagème connu » qui touche d’autres institutions financières. « Les fraudeurs font preuve d’ingéniosité et raffinent leurs techniques pour arriver à leurs fins », indique Chantal Corbeil, porte-parole du Mouvement Desjardins.

Lorsqu’un employé de Desjardins appelle un client, il ne pose jamais de questions d’identification, souligne Mme Corbeil. « Si nos membres et clients ont un doute sur la légitimité d’un appel, d’un courriel ou d’un texto qu’ils reçoivent, ils sont invités à contacter leur caisse Desjardins ou à joindre Desjardins à des numéros qu’ils connaissent déjà. »

Postes Canada affirme avoir été mise au courant d’un « incident récent de tentative de fraude » impliquant un faux facteur. La police de Montréal a été prévenue.