Un témoin oculaire de l’agression du policier Sanjay Vig dit avoir rapidement affirmé aux enquêteurs qu’en plus de l’agent, deux hommes se trouvaient sur place. L’un était assis dans une auto grise – ce serait Mamadi III Fara Camara – et il n’était pas impliqué dans l’attaque.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Juan Angel Flores, un résidant du quartier, a fait une déposition à la police le soir même des évènements.

Interviewé par La Presse sur les lieux de l’attaque, vendredi midi, il a livré à nouveau une version des faits qui concorde avec celle de M. Camara.

Le jeudi 28 janvier, M. Flores marchait en direction nord avenue Bloomfield, vers sa voiture garée, lorsqu’il a vu la « bousculade » entre un policier et un homme noir « exactement au coin [du boulevard] Crémazie ».

J’ai continué à marcher et j’ai vu que le policier était tombé par terre. Alors que j’arrivais à mon auto, j’ai entendu les deux balles. […] J’étais sous le choc.

Juan Angel Flores, témoin des évènements

M. Flores a vu le suspect précédemment impliqué dans la bousculade se diriger à pied vers lui, en direction sud, avenue Bloomfield. « Je me demandais s’il allait tirer sur moi aussi. Mais je n’ai pas vu s’il avait un pistolet dans la main », a dit l’homme, qui était alors sous le choc. Le suspect a ensuite bifurqué à gauche pour emprunter une ruelle qui relie l’avenue Bloomfield et l’avenue de l’Épée.

M. Flores a composé le 911.

Le témoin, qui fait de l’entretien chez Postes Canada, est formel : pendant tout ce temps, il pouvait voir un deuxième homme demeuré au volant d’une voiture grise. Cette voiture se trouvait dans son champ de vision pendant toute la durée des évènements, au point de lui bloquer partiellement la vue sur la bousculade : il a, par exemple, entendu les coups de feu sans voir le pistolet être déchargé.

« Il y avait une personne dans l’auto et une personne qui est partie », a-t-il dit. « De ça, je suis certain. »

Depuis le soir des évènements, M. Camara clamait son innocence en faisant valoir qu’un autre homme avait fait irruption sur les lieux du crime pour attaquer le policier Sanjay Vig.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Des policiers du SPVM enquêtent sur la scène de l’agression de leur collègue Sanjay Vig, le soir du 28 janvier.

« C’est la même chose que je leur ai dite »

Juan Angel Flores a expliqué à La Presse qu’il s’était brièvement entretenu avec l’homme au volant de la voiture grise. « Je lui ai demandé : “Tu le connais, lui ?” », en parlant du fuyard. « Il m’a dit non. »

Huit jours après les faits, il se refuse toutefois à identifier de façon formelle M. Camara comme étant cet automobiliste. Les faits se sont déroulés rapidement, à un moment de stress intense, et les traits de son visage ne se sont pas imprimés dans sa mémoire, a-t-il expliqué. Il affirme que le conducteur était noir, mais se rappelle avoir peut-être dit aux policiers que le conducteur de la voiture grise pouvait ressembler à un individu d’origine pakistanaise.

Le témoin décrit le suspect comme un homme noir « d’à peu près 20 ans, pas plus que 24 ans », d’où sa surprise lorsqu’il a appris que Mamadi III Fara Camara avait 31 ans. Selon ses souvenirs, le suspect portait une tuque noire et un manteau noir. Il était de taille moyenne et de corpulence moyenne. Il ne portait pas de masque sur la bouche.

M. Flores a quitté les lieux une quinzaine de minutes après les évènements, alors que de plus en plus de policiers arrivaient sur place. Il devait se rendre au travail.

Plus tard dans la soirée, il a reçu un appel d’un enquêteur et s’est rendu dans les bureaux des enquêtes spéciales, rue Sherbrooke Est, pour y faire une déposition.

Je n’ai peur de rien parce que ce que je vous dis à vous, c’est la même chose que je leur ai dite à eux.

Juan Angel Flores, témoin des évènements

M. Flores a signé une déposition.

Vendredi, le Service de police de la Ville de Montréal a refusé de commenter la situation.

« Comme l’enquête est toujours en cours, nous ne pourrons pas émettre de commentaire sur ces allégations », a indiqué son service des communications, par courriel. « Toutefois, nous invitons tous les témoins de cet évènement à communiquer avec Info-Crime Montréal (514 393-1133 ; infocrimemontreal.ca) afin de divulguer toute information qui pourrait faire avancer l’enquête. »

— Avec Daniel Renaud, La Presse