Mamadi III Fara Camara est un homme « libre et innocent », martèle la mairesse de Montréal, Valérie Plante. Elle réclame que l’enquête sur les circonstances de sa mise en accusation soit indépendante, sans l’implication du SPVM ou encore du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Cet homme est innocent et il faut le répéter haut et fort, parce qu’il y a eu erreur sur la personne », a expliqué jeudi l’élue municipale, lors d’une mêlée de presse tenue devant l’hôtel de ville de Montréal, en début d’après-midi.

Elle demande qu’une enquête « neutre » et indépendante se fasse dès maintenant et rapidement. « Il ne faut pas attendre. Ce qui s’est passé est grave et a eu un impact majeur sur la vie d’un homme et son environnement », a martelé la mairesse, en soulignant que le « véhicule » de l’enquête reste encore à déterminer avec le ministère de la Sécurité publique (MSP).

Montréal n’exclut pas de faire appel à la Commission sur la sécurité publique de la Ville pour entendre les différentes parties. Mme Plante a par ailleurs réitéré l’importance d’implanter des caméras corporelles dans les corps policiers, soulignant que ces appareils auraient pu fournir « un élément de preuve » supplémentaire dans le cadre de l’enquête en cours.

Est-ce que ça aurait pu contribuer ? Oui, mais peut-être avec des bémols, parce qu’on sait que dans certains cas, il peut y avoir des ratées. Mais sur le fond, l’idée de la caméra portative, ça aurait pu aider à avoir une preuve supplémentaire.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Une cavale qui inquiète

La cheffe de Projet Montréal s’est aussi dit « inquiète » par le fait qu’une autre personne est toujours recherchée par les forces de l’ordre, et circule en toute liberté. « On doit absolument accélérer les recherches et tout mettre en œuvre pour retrouver cette personne. Il y a une arme en circulation », a-t-elle dit.

« J’aurais préféré qu’il soit plus loquace », a aussi dit la mairesse en parlant du directeur du SPVM, Sylvain Caron, qui a réagi plus tôt dans un bref communiqué de presse, en soulignant que l’évènement survenu le 28 janvier dernier est d’une « complexité exceptionnelle ». Mme Plante invite M. Caron à « venir devant la population pour donner des nouvelles » dès qu’il le sera possible.

Son administration reconnaît aussi que la population « est en droit de se poser des questions » sur l’incidence du profilage racial dans cette affaire. Plus tôt, la ligue des Noirs a affirmé que l’arrestation à tort de Mamadi III Fara Camara était un autre exemple de racisme systémique.

Questionnée à savoir si la couleur de la peau du Montréalais de 31 ans a joué un rôle dans l’intervention, la mairesse a soutenu que « ça pourrait être le cas ». Elle a toutefois réitéré « qu’on doit avoir des preuves et qu’il faut poser la question clairement ».

L’opposition veut des excuses

Le chef de l’opposition officielle montréalaise, Lionel Perez, a de son côté réclamé des « excuses formelles » de la police de Montréal à Mamadi III Fara Camara pour mettre de côté « le potentiel d’une poursuite judiciaire » et faire preuve d’humanité. Il réclame lui aussi une enquête, mais insiste pour que le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) soit en charge.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le chef de l’opposition officielle à la Ville de Montréal, Lionel Perez.

M. Perez soutient que la confiance du public « est ébranlée » par toute cette affaire. « Pour moi, le SPVM manque de transparence en ce moment », a-t-il fustigé. « Il n’y a aucun doute qu’on a, dans l’ombrage de cette enquête, tout l’historique récent sur les enjeux de profilage racial. C’est très préoccupant », a-t-il sommé, en ajoutant au sujet des caméras portatives: « le temps des projets pilotes est terminé. »

« Il y a un homme qui a été mis en taule pendant six jours pour un crime qu’il n’a pas commis et sans la caméra du MTQ, il serait encore là-bas. Réveillons-nous et agissons rapidement », a aussi martelé M. Perez, en s’en prenant plus directement au chef du SPVM, dont il doute aujourd'hui de la compétence. « La question se pose. Il a été affecté à un poste auquel il ne s'attendait pas. Il n'a pas grandi à Montréal, ne connaissait pas tous les enjeux multiculturels et ne parlait pas anglais. M. Caron a eu l'opportunité de montrer une sensibilité sur les enjeux de profilage, mais ne l'a pas fait », a conclu l’élu.