L’homme soupçonné d’avoir désarmé un agent du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) jeudi soir à Montréal a été accusé vendredi de tentative de meurtre avec une arme à feu. Mamadi III Fara Camara risque une très lourde peine de prison.

Mis à jour le 29 janv. 2021
Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse
Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

L’homme de 31 ans fait face en tout à quatre chefs d’accusation. Il est aussi accusé de voies de fait graves contre un agent de la paix, d’avoir désarmé un agent de la paix et d’avoir déchargé une arme à feu dans l’intention de blesser une personne ou de mettre sa vie en danger.

L’accusation la plus grave demeure d’avoir tenté de causer la mort du policier Sanjay Vig en déchargeant une arme à feu prohibée. La peine minimale est de cinq ans pour ce crime, alors que la peine maximale est la prison à perpétuité.

Vêtu d’une combinaison carcérale, Mamadi III Fara Camara a brièvement comparu par visioconférence vendredi après-midi au palais de justice de Montréal. Il restera détenu jusqu’à nouvel ordre, puisque la Couronne s’oppose à sa remise en liberté afin de protéger le public et de ne pas déconsidérer l’administration de la justice. L’affaire doit être de retour en cour lundi.

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Mamadi III Fara Camara

La mort en face

Selon nos informations, le suspect a appelé le 911 après les évènements jeudi après-midi, vraisemblablement pour mettre les enquêteurs sur une mauvaise piste.

Toute cette affaire a débuté peu avant 16 h, près du boulevard Crémazie et de l’avenue d’Outremont. La Presse a parlé à plusieurs sources pour tenter de refaire le fil des évènements.

Le policier, qui compte 20 ans d’expérience et dont le mandat principal est de faire appliquer le Code de la sécurité routière dans son secteur, a constaté que le suspect manipulait son téléphone cellulaire au volant, et l’a intercepté un peu plus loin, en face du 900, boulevard Crémazie Ouest.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Le policier a pu appeler à l’aide sur sa radio après que le suspect a pris la fuite, jeudi soir.

Le policier a fait une recherche sur la plaque du suspect, pris son permis de conduire et rédigé le constat. Le montant de l’amende serait de plus de 500 $, assorti de 5 points d’inaptitude.

L’agent revenait à pied vers son véhicule lorsque le suspect l’aurait frappé une première fois à la tête, par surprise, avec une barre ou un bâton en métal. Sonné, le patrouilleur, décrit comme un homme costaud, se serait retourné, alors que le suspect aurait continué à le frapper.

Le policier serait tombé à genoux pendant que le conducteur aurait continué à le rouer de coups. On ne sait pas si c’est le policier qui aurait dégainé son arme pour se défendre, ou si c’est le suspect qui la lui aurait enlevée, mais le pistolet s’est retrouvé entre les mains de l’agresseur, tout près du visage de l’agent.

Un chauffeur de taxi qui passait par là aurait alors crié à l’homme d’arrêter de frapper le policier. Le chauffeur de taxi serait même sorti de son véhicule et se serait approché de l’agresseur avant de constater que ce dernier tenait une arme. Le chauffeur serait alors rapidement retourné vers son véhicule.

Constatant que son agresseur avait son arme de service, le policier a pris la fuite en courant. Le suspect aurait tiré à au moins deux reprises en sa direction. Au moins une douille aurait été retrouvée à une centaine de mètres du lieu initial de l’agression. Il n’a toujours pas été établi avec certitude si une balle a touché ou effleuré le policier, ou si les graves blessures qu’il présente à la tête ont été causées par les coups de bâton en métal.

La course-poursuite à pied a eu lieu sur une distance d’environ deux pâtés de maisons (un peu moins d’un kilomètre) avant que le policier trouve refuge dans un immeuble d’appartements du secteur. Durant sa fuite, il aurait demandé un 10-07, un appel à l’aide, sur sa radio portative. « Je ne vois plus rien. Appelez Urgences-santé en stat [immédiatement]. Je commence à perdre connaissance », aurait dit le policier, en substance.

Une porte s’ouvre enfin

Selon nos informations, il a frappé à quelques portes, sans réponse. C’est finalement une femme qui lui a ouvert sa porte, mais avec beaucoup de méfiance.

Puisque le policier a eu le temps d’appeler à l’aide sur sa radio, plusieurs voitures de patrouille sont arrivées en trombe dans le secteur et le patrouilleur blessé aurait attiré l’attention de ses collègues avant que ceux-ci lui portent secours.

Pendant ce temps, le suspect est retourné à pied à son véhicule. Lorsqu’il est arrivé à l’endroit où il avait été intercepté, il y avait déjà des policiers sur place. Selon nos informations, il aurait dit aux patrouilleurs qu’il venait de recevoir une contravention, mais les policiers, qui ignoraient alors qu’il s’agissait du suspect, lui ont demandé de quitter la scène.

On ne sait pas si c’est avant ou après, mais le suspect aurait lui-même composé le 911 en disant qu’un policier, qui venait de lui remettre un constat d’infraction, s’était fait battre par un individu arrivé de nulle part, qui avait pris la fuite à pied. Il avait même donné la description d’un suspect.

Selon nos informations, il aurait échafaudé une histoire crédible, à part quelques détails qui clochaient.

Alors qu’il était soigné dans l’appartement de la bonne samaritaine, le policier blessé aurait dit à ses collègues que l’homme qui l’avait attaqué était le dernier automobiliste à qui il avait donné une contravention.

Les policiers sont alors retournés à sa voiture et ont retrouvé les coordonnées du suspect. L’homme a été arrêté peu après, près de son domicile de la rue Birnam, situé d’ailleurs tout près de la scène de crime.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Plusieurs voitures de patrouille du SPVM se sont rendues sur les lieux de l'incident, jeudi.

Au moment d’écrire ces lignes, on n’avait pas encore retrouvé l’arme du policier. Les patrouilleurs auraient constaté la présence d’un bâton dans la voiture du suspect, mais on ignore si c’est l’objet contondant qui aurait été utilisé. Le suspect aurait agi seul même si à un certain moment jeudi soir, il y a eu confusion sur le nombre d’individus impliqués.

Il y aurait plusieurs témoins et au moins une dizaine de personnes auraient communiqué avec le 911. Il se pourrait qu’une caméra de Transports Québec ait capté les évènements. Au moins une vingtaine d’enquêteurs de la région Nord et des Crimes majeurs du SPVM ont été dépêchés sur les lieux.

Banni chez Uber

Le suspect, Mamadi III Fara Camara, est chercheur au doctorat et chargé de laboratoire une fois par semaine pour un cours donné à distance à l’École polytechnique de Montréal. C’est un spécialiste des systèmes de télécommunications. L’établissement n’a pas voulu commenter la situation. Mais deux personnes qui ont demandé à ne pas être nommées parce qu’elles n’étaient pas autorisées à parler du dossier ont affirmé qu’il semblait être une personne très calme qui passait beaucoup de temps à son ordinateur.

Mamadi III Fara Camara est aussi chauffeur pour Uber et voici ce que le porte-parole de l’entreprise, Jonathan Hamel, a répondu à La Presse :

« Les gestes violents qui ont été commis hier sont inexcusables. Malgré [le fait] que l’individu n’utilisait pas l’application hier, dès que nous avons été informés de la situation, nous avons retiré son accès à l’application et nous avons communiqué avec les autorités policières afin de leur offrir notre coopération. Il est banni au moins jusqu’à la conclusion de l’enquête et les informations qui seront communiquées à la suite de celle-ci détermineront si cette décision mérite d’être réévaluée. »

Mamadi III Fara Camara n’a pas utilisé l’application Uber la semaine dernière et il avait fait l’objet d’une vérification de ses antécédents judiciaires au cours des 12 derniers mois, selon l’entreprise. Il n’était pas connu des policiers et n’a aucun antécédent criminel.

La loi exige une vérification rigoureuse des antécédents judiciaires et du dossier de conduite des chauffeurs tous les deux ans, mais Uber le fait tous les 12 mois, souligne le porte-parole de l’entreprise.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.