« J’espère que ça pourra donner espoir à certaines femmes », souffle Sabrina Rose Dufour, très émotive. La jeune mère victime de violence conjugale a été acquittée vendredi de l’homicide involontaire de son ex-conjoint Philip Lloyd Celian. Elle affirmait s’être défendue d’un homme violent qui menaçait sa grossesse.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Non coupable. Sabrina Rose Dufour a éclaté en sanglots en entendant ces mots prononcés par la présidente du jury après trois jours de délibérations. Bouleversée, elle s’est tournée en pleurs vers ses parents, puis a soufflé un baiser aux jurés. Deux ans après son arrestation, la jeune femme a finalement été crue par le système.

« On a toujours considéré que c’était elle, la victime. Jamais elle n’a été une agresseuse », a martelé son avocat, MFrançois Taddeo, à la sortie de la salle d’audience. À ses yeux, ce verdict lance le message que les femmes « ont le droit, elles aussi, de se défendre ».

Très émotive, Sabrina Rose Dufour s’est brièvement adressée aux journalistes pour lancer un message aux femmes victimes de violence conjugale. « Je lui dirais [à une éventuelle victime] de croire en elle, et que peu importe si elle croit que son espoir est sans avenir, il y a toujours un futur possible. Si elle est en maison d’hébergement, c’est qu’elle est prête à changer, elle est en sécurité. »

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MFrançois Taddeo, avocat de la défense, et Sabrina Rose Dufour

La violence conjugale était au cœur de cette affaire rarissime. En effet, très peu de femmes sont jugées pour l’homicide ou le meurtre d’un homme au Québec. Battue, étranglée et menacée de mort : Sabrina Rose Dufour a vécu un calvaire pendant deux ans aux mains de Philip Lloyd Celian. C’était néanmoins elle qui était au banc des accusés, puisque le 6 février 2019, elle a poignardé la victime avec un couteau à steak. Un unique coup qui s’est avéré fatal.

La preuve de la Couronne, relativement mince, n’a pas réussi à convaincre le jury de la culpabilité de Sabrina Rose Dufour hors de tout doute raisonnable. Selon la poursuite, la jeune femme s’était avancée vers Philip Lloyd Celian pour le poignarder, alors qu’il n’était pas une menace. La preuve reposait essentiellement sur la position du couteau et des traces de sang dans l’appartement, ainsi que sur certaines incohérences dans le récit de l’accusée.

La défense de légitime défense de Sabrina Rose Dufour a vraisemblablement au moins suscité un doute raisonnable dans l’esprit des jurés. Solide à la barre, la Montréalaise de 28 ans a raconté au jury son quotidien de femme violentée. Très isolée, elle était alors « dans le gouffre », a-t-elle témoigné.

Comme bien des femmes coincées dans le cycle de la violence conjugale, elle demeurait sous le charme de son bourreau. « C’était comme si plus rien d’autre n’existait de ma propre vie, sauf lui », a-t-elle résumé. Les attaques de son conjoint, souvent sous l’effet de l’alcool et de la drogue, étaient pourtant particulièrement violentes. Chaque fois, elle se cachait dans la salle de bains et se recroquevillait.

En février 2019, Sabrina Rose Dufour résidait dans une maison d’hébergement pour femmes violentées. Elle venait finalement de se libérer du joug de Philip Lloyd Celian. Or, en apprenant qu’elle était enceinte de celui-ci, son espoir de le voir changer a rejailli.

Mais rien n’avait changé. Ainsi, il a souhaité la mort de leur bébé à naître et a frappé son ex-conjointe au ventre. La veille de sa mort, Philip Lloyd Celian a même passé à tabac la jeune femme. Le lendemain, le 6 février 2019, une altercation a éclaté au sujet d’une bague en or portée par Sabrina Rose Dufour.

PHOTO FOURNIE

Philip Lloyd Celian

C’est dans ce contexte que Sabrina Rose Dufour s’est emparée d’un couteau à steak pour retirer la bague. Poussée au sol, elle a poignardé son ex-conjoint « par réflexe », alors qu’il s’approchait d’elle, les poings fermés. Elle a pris la fuite en lâchant le couteau et s’est ensuite rendue aux policiers.

Cette version était toutefois « invraisemblable » selon la Couronne, notamment parce que Mme Dufour ne portait pas de bague en or à la main droite quelques heures plus tôt. Mais selon la défense, elle portait en fait la bague à la main gauche. La procureure de la Couronne, MJasmine Guillaume, a aussi reproché à l’accusée d’avoir continué à communiquer avec la victime alors qu’elle était en maison d’hébergement.

Acquittée, Sabrina Rose Dufour regarde maintenant l’avenir avec confiance. « C’est la croisée des chemins. Je m’avance, la tête haute, vers un avenir solide et brillant. C’est sûr que je ne retournerai jamais en arrière », a-t-elle confié en mêlée de presse.

Le procès était présidé par la juge Hélène Di Salvo.