(Québec) Les avocats de Michel Venne ont tenté mercredi de relever des trous et des contradictions dans les souvenirs de celle qui prétend avoir été agressée alors qu’elle avait 17 ans.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

La jeune femme, qu’une ordonnance interdit d’identifier, a dû admettre qu’elle avait oublié plusieurs détails de cette soirée d’août 2008. Elle se souvient que son patron à l’Institut du Nouveau Monde (INM) l’a suivie jusqu’à la porte de son hôtel de la Basse-Ville de Québec.

Mais elle ne se souvenait plus du nom de l’hôtel. « Si je vous suggère que vous n’étiez pas dans un hôtel, mais dans une résidence de l’université ? » a demandé l’avocate de M. Venne, MLida Sara Nouraie.

La plaignante affirmait ne pas avoir contacté l’homme dans les mois qui ont suivi. La défense a ressorti un courriel qu’elle lui avait envoyé trois mois plus tard pour des motifs professionnels.

Mais la jeune femme aujourd’hui âgée de 29 ans a dit bien se souvenir de ce qui s’était passé en bas de la résidence étudiante. Elle dormait là car l’INM, où elle était stagiaire, organisait cet été à Québec sa traditionnelle École de citoyenneté pour les jeunes.

« Il a mis la main sur ma hanche, puis sur mon vagin à l’extérieur du pantalon », a réitéré la plaignante.

De longues minutes ont été consacrées à l’endroit exact où M. Venne, 60 ans, aurait d’abord mis sa main. La défense voulait savoir si c’était sur la hanche ou « autour de la taille ».

Puis l’avocate de la défense a laissé entendre qu’il aurait pu s’agir d’un malentendu. « Si je vous dis que M. Venne n’avait aucunement l’intention de vous demander de faire un acte sexuel ? », a-t-elle demandé.

« Il a mis sa main sur mon vagin, c’est sexuel ça », a répondu la plaignante.

Encore l’enregistrement

La jeune femme a encore dû répondre mercredi des manipulations qu’elle a faites d’un enregistrement. Elle avait enregistré une conversation avec Lise Payette en 2017.

On entend la plaignante dire qu’elle n’est plus confortable avec une lettre signée deux ans plus tôt lors d’une rencontre avec la grande féministe. Dans cette lettre, la présumée victime désavouait des « rumeurs » qui couraient sur Michel Venne.

Or l’enregistrement d’abord remis aux policiers avait été modifié par la jeune femme. La conversation de 22 minutes n’en faisait plus que 11.

« L’information n’avait pas d’importance dans l’enregistrement dont le but était de démontrer que j’avais retiré mon consentement », a répondu la plaignante.

Plusieurs passages manquaient dans cette version, par exemple lorsque Payette disait que Venne n’était pas son ami, qu’elle ne faisait que la conseiller sans lui mettre de pression ou encore que c’était la jeune femme qui avait rédigé la lettre.

Elle a expliqué avoir modifié le fichier pour soutenir une dénonciation qu’elle s’apprêtait à faire sur Facebook. Elle voulait pouvoir le faire entendre à des journalistes qui doutaient de sa version.

« Vingt-deux minutes c’est un petit peu long. Je me suis dit je vais garder 11 minutes comme ça si on m’accuse de mentir avec ma déclaration publique alors la discussion aura été là. »

Elle a finalement remis l’enregistrement intégral en octobre 2019 quand la défense a remarqué que des extraits manquaient. La jeune femme plaide l’erreur de bonne foi.

Le témoignage de la plaignante est terminé. Le tribunal va entendre jeudi un autre témoin de la Couronne, un ancien collègue de la jeune femme à l’INM.

Michel Venne, ancien éditorialiste au Devoir et fondateur de l’INM, est accusé d’agression sexuelle et d’exploitation sexuelle.