Enfermé la nuit et battu pour des peccadilles, un homme avec une déficience intellectuelle aurait vécu un calvaire pendant des années sous la garde légale de l’ex-policière Danielle Guénette. L’homme vulnérable pesait à peine 50 kg lorsqu’il a finalement été secouru, affamé et souffrant d’hypothermie grave.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

La femme de 58 ans, récemment retraitée de la Sûreté du Québec (SQ), fait face à six chefs d’accusation pour cette troublante affaire de maltraitance d’une personne vulnérable. De janvier 2016 à l’automne 2019, Danielle Guénette aurait battu, séquestré et gravement négligé un homme de 55 ans dont elle avait la responsabilité légale depuis 2016 par le Curateur public du Québec.

Il est important de préciser que Danielle Guénette était policière sur la Rive-Sud de Montréal pendant toute cette période. Elle n’a pris sa retraite que l’été dernier, alors que la Régie de police de Memphrémagog menait une enquête criminelle pour des crimes qui auraient été commis dans les résidences de l’accusée à Boucherville et à Magog.

C’est d’ailleurs à Magog que des ouvriers ont découvert la victime inconsciente, le 15 octobre 2019, à l’extérieur de la résidence de Danielle Guénette, en l’absence de cette dernière.

L’homme vulnérable souffrait alors d’hypothermie grave, de dénutrition et de diverses blessures qui n’étaient pas nécessairement récentes. Il pesait seulement 50 kg et était affamé. Il a d’ailleurs pris 30 kg pendant son hospitalisation de trois mois.

« Le fait que la personne était très, très maigre et passait beaucoup de temps à l’extérieur pourrait peut-être expliquer l’état d’hypothermie. Mme Guénette l’obligeait à passer du temps à l’extérieur de la résidence. Mais je vais laisser le soin aux médecins d’expliquer son état », a affirmé à La Presse l’agent Mickaël Laroche, de la Régie de police de Memphrémagog.

L’accusée donnait ainsi des tâches journalières à l’homme de 55 ans. Selon l’enquête, s’il ne remplissait pas ces tâches, il pouvait arriver « à l’occasion » que l’accusée frappe la victime aux bras et aux jambes.

Enfermé dans sa chambre la nuit

L’homme vulnérable était également enfermé dans sa chambre chaque nuit et n’avait qu’un « petit pot » pour ses besoins, selon la Régie de police de Memphrémagog. Danielle Guénette aurait en effet installé un système de verrous dans ses deux résidences pour barrer la porte de la chambre de la victime de l’extérieur. La victime était « constamment » sous la garde de la policière qui faisait la navette entre Magog et Boucherville.

Au terme d’une longue enquête, Danielle Guénette a été arrêtée en octobre 2020, trois mois après sa retraite de la SQ. Elle a comparu le 12 janvier dernier au palais de justice de Sherbrooke sur six chefs d’accusation, dont séquestration, voies de fait et fraude.

L’ex-policière est aussi accusée d’avoir omis de fournir les choses nécessaires à la vie de la victime et d’avoir causé des blessures à la victime par sa négligence criminelle. « Il s’agit de blessures subies au cours du temps sous la garde de Madame, comme des blessures infligées à la suite d’une chute. On n’apportait pas suffisamment de soins à la blessure, et cela causait des complications », explique l’agent Laroche.

Le policier de la Régie de police de Memphrémagog appelle d’ailleurs la population à dénoncer de tels cas de maltraitance. « Aussitôt que les gens ont des doutes pour la sécurité de gens vulnérables, comme des aînés ou des personnes vivant avec une déficience intellectuelle, il ne faut pas se gêner et contacter les services policiers ou encore des ressources d’aide », conseille l’agent Laroche.

Le représentant légal d’une personne majeure déclarée inapte détient d’importants pouvoirs sur celle-ci. Cela vient toutefois avec des responsabilités légales. Ainsi, le représentant doit « consentir à des soins » et « veiller à ce que [la personne inapte] soit hébergée dans un milieu de vie qui correspond à son état et à ses besoins », peut-on lire sur le site web du Curateur public.

L’avocat de Mme Guénette, MPierre Poupart, n’a pas voulu commenter l’affaire. L’accusée doit revenir en cour le 16 mars prochain.