(Québec) Un comité d’enquête a conclu que des « lacunes majeures » au Service correctionnel du Canada avaient mené au meurtre de Marylène Levesque aux mains d’un homme en semi-liberté.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

L’une des lacunes relevées est la permission accordée à l’assassin de fréquenter des salons de massage érotique, où il a rencontré sa victime.

« La fréquentation d’un salon de massage érotique pour des fins sexuelles à plus d’une occasion, dont trois autorisées par son équipe de gestion de cas, était un facteur de risque contributif […] étant donné les antécédents de violence conjugale du délinquant », conclut notamment le rapport dévoilé jeudi.

Le comité d’enquête a été mis sur pied par le Service correctionnel du Canada (SCC) et la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) dans la foulée du meurtre de la femme de 22 ans. Le rapport a fait cinq recommandations qui seront mises en application, assure le SCC.

« Les conclusions du rapport ne ramèneront jamais Marylène. D’un autre côté, si sa mort peut mener à des changements qui vont peut-être éviter des drames de la sorte à l’avenir, ça réconforte ses proches », a déclaré l’avocat de la famille de la victime, Dominic Bouchard.

Eustachio Gallese a assassiné Marylène Levesque le 22 janvier 2020 dans une chambre d’hôtel de Québec. Il s’est servi d’un couteau acheté quelques jours plus tôt. L’homme était alors en semi-liberté. Il venait de sortir du pénitencier pour le meurtre de sa conjointe, en 2004.

Le refus de la victime d’entretenir une relation amoureuse avec Gallese et l’impuissance de ce dernier à exercer une emprise sur elle ont engendré en lui des sentiments de rejet, d’angoisse, d’anxiété et de jalousie.

Conclusions tirées par le comité d'enquête

PHOTO ERICK LABBÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Eustachio Gallese, 51 ans, accusé du meurtre au premier degré de Marylène Levesque

Les agents qui ont supervisé la semi-liberté de Gallese ont depuis été réaffectés et ne s’occupent plus de la surveillance de délinquants, a indiqué jeudi Anne Kelly, commissaire du SCC.

« La stratégie de surveillance dans ce cas était totalement inappropriée », a reconnu Mme Kelly.

« Le Service correctionnel du Canada n’approuve pas que les délinquants aient recours à des services sexuels. Au cours de mes 37 ans au Service, je peux affirmer avec conviction que ce n’est pas quelque chose que nous, en tant qu’organisation, appuyons », a assuré la commissaire.

Finie la surveillance pour les maisons de transition

Maintenant que le comité d’enquête national a rendu son rapport, le SCC affirme vouloir réaliser des enquêtes disciplinaires sur les employés impliqués.

Un examen national a par ailleurs conclu que la stratégie d’intervention dans ce cas-ci, qui permettait l’obtention de services sexuels, n’était employée dans aucun autre dossier de délinquant au pays, a assuré Mme Kelly.

Le comité a formulé cinq recommandations au SCC, qui seront toutes appliquées, promet l’organisme. Les agents devront notamment suivre une formation sur la violence conjugale.

Le comité d’enquête a aussi mis en cause le rôle joué par la maison de transition Painchaud, à Québec. Il s’agit d’un des huit centres résidentiels communautaires qui assurent la surveillance, pour le compte du SCC, de 155 délinquants en semi-liberté sur les 2000 que compte le Québec.

Le Service correctionnel du Canada entend retirer à ces maisons de transition leur rôle de surveillance des délinquants. Elles vont toutefois continuer de les héberger.

Jeudi, la Maison Painchaud a dit « prendre acte » du rapport, dans un bref communiqué.

Selon le rapport du comité d’enquête, c’est un intervenant de la Maison Painchaud qui a d’abord accepté que Gallese obtienne des services sexuels dans un salon de massage.

Information manquante

La surveillance de la Maison Painchaud manquait de mordant, conclut également le rapport. Gallese avait réussi à dissimuler sa relation avec sa victime à son équipe de gestion de cas.

Ses intervenants lui avaient permis une visite par mois au salon de massage. Mais après le meurtre, il a avoué aux enquêteurs de police qu’il s’y rendait plusieurs fois par semaine.

Le rapport recommande aussi au SCC de mieux se documenter sur le passé des délinquants fédéraux qui ont commis des crimes violents.

Au moment d’établir le profil criminel de Gallese, l’agent de libération conditionnelle n’avait pas jugé bon d’obtenir les transcriptions intégrales du procès qui a suivi le meurtre de 2004. Le comité d’enquête note que s’il l’avait fait, il aurait pu lire les témoignages de dix témoins, de deux experts et de Gallese lui-même.

Cette information aurait pu aider à comprendre le « cycle délictuel » du meurtrier. Le comité recommande donc au SCC d’obtenir ces transcriptions dans les cas de crimes violents.

La Commission des libérations conditionnelles du Canada n’a quant à elle fait l’objet d’aucune recommandation. Le rapport estime que les commissaires qui ont choisi d’accorder la semi-liberté à Eustachio Gallese ont bien appliqué la grille décisionnelle.

Les commissaires ont par ailleurs interdit à Gallese de fréquenter des salons érotiques dès qu’ils ont eu connaissance de la stratégie, lors d’une audience le 19 septembre 2019. L’homme a toutefois continué à fréquenter la victime à l’insu de tous.

Gallese, 51 ans, accusé du meurtre au premier degré de Marylène Levesque, a reconnu sa culpabilité. Il a été condamné le 27 février 2020 à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.