Au moins trois constats d’infraction ont été remis à des sans-abri pour non-respect du couvre-feu au cours de la semaine à Montréal, dénonce la Clinique juridique itinérante, qui a lancé une pétition pour demander que les personnes sans-abri soient exemptées de l’application de cette mesure.

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

Le directeur de l’organisme, Donald Tremblay, a rencontré deux usagers ayant reçu des constats d’infraction, dont un qui en a reçu deux au cours de la semaine.

« Quand les policiers disent qu’ils font preuve de tolérance à l’endroit de la population itinérante, c’est complètement faux », déplore M. Tremblay.

Lors de l’entrée en vigueur du couvre-feu, la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a affirmé que les policiers feraient preuve de « discernement » dans l’application du règlement auprès des personnes vulnérables.

Lundi, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) affirmait être intervenu auprès de 122 personnes sans-abri pendant le couvre-feu, au cours du week-end dernier, et avoir remis un constat à une seule d’entre elles, dans le contexte d’une arrestation criminelle pour une infraction en matière de stupéfiants.

En réponse à nos questions, vendredi, le SPVM a réitéré, dans un courriel, qu’il demandait à ses policiers de faire preuve « de discernement et de jugement dans leurs interventions » auprès des sans-abri.

Exemption demandée

La Clinique juridique itinérante est à l’origine d’une pétition déposée sur le site de l’Assemblée nationale, qui demande que le couvre-feu ne s’applique pas aux personnes sans-logis.

« Plusieurs études scientifiques démontrent que le profilage social donne lieu au phénomène de la surjudiciarisation des personnes en situation d’itinérance, et les policiers ne sont pas les acteurs appropriés pour intervenir auprès de cette population en temps de pandémie », avance notamment le texte de la pétition.

« Certaines personnes en situation d’itinérance recevront des constats sous prétexte d’un manque de collaboration causé en grande partie par des problématiques de santé mentale ou de consommation. »

On explique aussi que, puisque les refuges sont bondés et que certains sont aux prises avec des éclosions de COVID-19, des personnes sans-abri se sentent plus en sécurité dans la rue.

La pétition, qui avait recueilli 7200 signatures en fin de journée vendredi, est parrainée par la députée du Parti québécois Véronique Hivon.

« Si le gouvernement est capable de prévoir des exemptions pour que des personnes puissent promener leurs chiens, en prévoyant un rayon d’un kilomètre, je m’explique mal qu’on ne soit pas capable de faire de même quand il s’agit d’une question d’humanité, de dignité et de protection de la santé », souligne Mme Hivon.