(Saint-Jérôme) Condamné à la prison à vie pour les meurtres de sa conjointe Véronique Barbe et d’Yvon Lacasse en 2017, Ugo Fredette devra purger au moins 25 ans de prison avant d’être admissible à la libération conditionnelle. Il évite toutefois la période d’inadmissibilité de 50 ans réclamée par la Couronne.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

La juge Myriam Lachance était dans les faits tenue de respecter la décision de la Cour d’appel dans le dossier du tueur de masse de Québec Alexandre Bissonnette. En effet, le plus haut tribunal de la province a « clos le débat » au Québec sur l’imposition de peines de meurtre cumulées en déclarant invalide et inconstitutionnelle cette disposition du Code criminel en novembre dernier.

Le procureur de la Couronne, Me Steve Baribeau, faisait valoir l’été dernier que l’imposition d’une période unique de 25 ans enverrait le message qu’un criminel fuyant « un autre meurtre peut faire ce qu’il veut, et tuer n’importe qui, et n’aura pas une heure de plus [de peine à purger] ».

La juge de la Cour supérieure avait d’ailleurs reporté de plusieurs mois sa décision dans l’attente du jugement de la Cour d’appel du Québec. Le ministère public et le Procureur général ont jusqu’à la fin du mois pour porter le jugement Bissonnette devant la Cour suprême du Canada.

En ce moment, la loi sur les peines cumulées (officiellement la Loi protégeant les Canadiens en mettant fin aux peines à rabais en cas de meurtres multiples) est invalide au Québec, mais demeure en vigueur dans le reste du pays. Quelqu’un qui tuerait deux personnes à Ottawa pourrait ainsi écoper d’une peine minimum de 50 ans, contrairement à un double meurtrier de Gatineau. Sans appel, cette application distincte va ainsi se cristalliser.

Dans le dossier Fredette, Me Steve Baribeau attend la décision du ministère public pour le jugement Bissonnette avant de prendre position pour un possible appel de la peine imposée à Ugo Fredette.

Dans sa brève décision vendredi matin au palais de justice de Saint-Jérôme, la juge Lachance a repris les mots de la Cour d’appel pour rappeler que la sentence n’était pas une « peine de 25 ans, mais un emprisonnement à perpétuité ».

En effet, la libération d’un meurtrier n’est pas acquise après 25 ans et repose sur la Commission des libérations conditionnelles du Canada. De nombreux meurtriers comme Paul Bernardo ou Valery Fabrikant ont récemment échoué à obtenir leur liberté après près de trois décennies derrière les barreaux.

« Une jeune femme dévouée »

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Véronique Barbe

C’est dans un contexte de violence conjugale et de processus de séparation qu’Ugo Fredette a assassiné sa conjointe Véronique Barbe à coups de couteau le 14 septembre 2017, dans leur résidence de Saint-Eustache. Une scène d’horreur dont deux enfants ont été témoins, au moins en partie.

Recherché dans le cadre de la plus longue alerte AMBER de la province à l’époque, Ugo Fredette a battu à mort Yvon Lacasse à une halte routière de Lachute pour lui voler son véhicule. Le meurtrier a finalement été arrêté le lendemain en Ontario, alors qu’il utilisait un jeune enfant comme bouclier humain devant les policiers.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Yvon Lacasse

« Véronique Barbe était une jeune femme dévouée à ses proches, souriante, pétillante et aimée de ses enfants, parents et nombreux amis. […] Yvon Lacasse était une personne qui semait le bonheur autour de lui. Il était un père, un grand-père et un conjoint aimé de tous », a déclaré la juge.

La juge Lachance a souligné que les gestes d’Ugo Fredette ont eu « d’importantes répercussions » sur les proches des victimes. Une dizaine d’entre eux se sont adressés à la cour l’an dernier pour faire part de leur peine. « Chacun de ces témoignages démontre à quel point leurs vies ont été bouleversées », a ajouté la juge.