Un meurtrier sexagénaire ayant l’âge mental d’un enfant devra passer au moins 11 ans et demi derrière les barreaux pour avoir étranglé et poignardé sa conjointe vulnérable à Montréal. Le crime d’Yves Nadeau demeure « inexpliqué et inexplicable », même six ans plus tard, selon le juge Mario Longpré.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le juge de la Cour supérieure avait la délicate tâche de balancer deux facteurs déterminants dans cette affaire inédite au pays : la déficience intellectuelle de l’accusé et le contexte de violence conjugale du meurtre de Louise Girard.

Le magistrat a finalement tranché la poire en deux vendredi au palais de justice de Montréal, puisque la Couronne réclamait une période d’inadmissibilité à la libération conditionnelle de 13 ans, contre le minimum de 10 ans pour la défense.

« Les problèmes de déficience intellectuelle de l’accusé, qui sans diminuer sa responsabilité criminelle, font en sorte que les besoins de dissuasion ne sont pas aussi présents, et ce, même s’il s’agit d’un drame conjugal », explique le juge dans sa décision. En outre « n’eût été sa déficience intellectuelle », Yves Nadeau aurait en effet mérité de purger au moins 15 ans de détention, selon le juge.

Yves Nadeau a été reconnu coupable du meurtre non prémédité de sa conjointe et a été condamné à la prison à vie le mois dernier. L’homme de 61 ans avait renoncé à présenter une défense de non-responsabilité criminelle pour troubles mentaux, malgré son importante déficience intellectuelle.

Ce qui rend cette affaire si unique dans les annales judiciaires est en effet la déficience intellectuelle d’Yves Nadeau. Le sexagénaire affiche un quotidien intellectuel variant de 45 à 69, selon les évaluations, donc à la frontière entre la déficience légère et moyenne. Il a l’âge mental d’un enfant de moins de 10 ans, faisait valoir son avocat MMartin Latour.

Néanmoins, le juge Longpré a déterminé au terme du procès qu’Yves Nadeau était « pleinement responsable » de ses gestes et que sa déficience intellectuelle n’avait pas contribué à son crime.

Pour une raison qui demeure toujours inconnue, Yves Nadeau a poignardé à deux reprises sa conjointe Louise Girard, en février 2014, dans leur appartement insalubre de Hochelaga-Maisonneuve. Le meurtrier a ensuite maladroitement tenté de maquiller la scène de crime en lavant le couteau. Il a finalement appelé le 911. Il a toujours nié avoir tué sa conjointe. Selon lui, elle est simplement « tombée ».

Selon la Couronne, un meurtre commis dans un tel contexte de violence conjugale méritait au moins 15 ans de prison, comme le souligne la jurisprudence. MCatherine Perreault réclamait cependant une période de 13 ans avant d’être admissible à la libération conditionnelle pour tenir compte de sa déficience intellectuelle.

Sensible à cet argument, le juge Longpré a en effet retenu comme des facteurs aggravants le contexte conjugal du crime et la gravité des blessures. « Rappelons que les blessures infligées à la victime se sont échelonnées sur quelques heures », précise le juge. C’est d’ailleurs pour cette raison que le juge a décidé d’imposer une peine plus sévère que la période minimum de 10 ans.

En plus de son absence d’antécédent judiciaire, le magistrat relève également dans sa décision le fait qu’Yves Nadeau aura de la « difficulté à se défendre en milieu carcéral » en raison de sa déficience intellectuelle.