Si la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guibault a annoncé cette semaine la libération prochaine de catégories de détenus en raison de l’éclosion de la COVID-19 dans certaines prisons du Québec, c’est loin d’être toutes les personnes incarcérées admissibles qui en bénéficieront.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Les détenus de plus de 65 ans, les femmes enceintes, les personnes qui ont des problèmes de santé importants et les détenus qui doivent obtenir leur libération dans moins de 30 jours sont visés par le nouveau décret du gouvernement.

Selon une évaluation, cela représenterait environ 400 détenus dans les 17 prisons du Québec. Or, dans les faits, il serait très surprenant que l’on atteigne un tel nombre.

La Presse a mis la main sur un document du ministère de la Sécurité publique qui explique aux directions des prisons quelles sont les lignes directrices du processus de libération.

Une fois qu’un détenu fait partie de l’une des quatre catégories mentionnées plus haut, il devra répondre à d’autres critères.

Ainsi, tous les détenus condamnés pour violence, violence conjugale ou familiale, abus sur des enfants et violence envers des personnes âgées seront exclus d’office.

Même chose pour les prévenus (en attente de procès), ceux qui doivent être transférés dans un pénitencier ou qui attendent d’être remis à l’immigration et les délinquants dangereux ou à contrôler, qui font l’objet d’une surveillance de longue durée.

Tous les détenus membres ou liés au crime organisé, aux gangs de rue ou à un groupe terroriste, seront également écartés.

La personne libérée devra avoir une adresse où habiter, et les autorités devront avoir obtenu l’assurance qu’elle demeurera à cet endroit. Elle ne devra avoir aucun non-respect des conditions à son actif dans la dernière année et aucun manquement pour violence physique ou langage injurieux et menaçant envers un autre détenu ou un membre du personnel de la prison.

Situation tendue, mais stable à Bordeaux

Cette dernière exigence pourrait nuire à des détenus de l’Établissement de Montréal (Bordeaux) qui auraient peut-être voulu bénéficier du nouveau décret gouvernemental.

Plus de 35 détenus des secteurs C, E et maintenant A ont officiellement contracté la COVID-19, et environ 25 agents correctionnels, ce qui a fait monter la tension.

Dans les secteurs les plus touchés, « les détenus font déborder les toilettes, bûchent dans les portes en métal, crient, crachent, injurient et lancent des batteries sur les agents correctionnels dont plusieurs doivent porter leur tenue antiémeute pratiquement toute la journée pour se protéger », décrit le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, Mathieu Lavoie.

Dans d’autres secteurs, des détenus retournent les cabarets de leurs repas du matin, midi et soir.

« Depuis à peu près deux semaines, on entend très fréquemment des cris déchaînés et des gens « gueuler » avec beaucoup de vigueur, même à bonne distance, depuis l’établissement, tant en après-midi qu’en soirée. Après avoir discuté avec des voisins qui habitent le secteur de longue date, personne ne se rappelle avoir entendu autant de bruit provenant de la prison. C’est dérangeant au point de nous enlever l’envie de sortir dans nos cours arrière », a confié à La Presse un citoyen qui habite tout près de l’établissement carcéral.

À la lumière des propos tenus par Mathieu Lavoie, la situation est tendue, mais demeure stable à Bordeaux.

Toutefois, 85 agents correctionnels sont actuellement isolés à la maison, parce qu’ils sont malades, atteints de la COVID-19, ou parce qu’ils sont entrés en contact avec un collègue ou un détenu infecté, c’est le quart des effectifs à Bordeaux.

« Actuellement, nous sommes capables de faire face à la situation, car les agents acceptent de faire des heures supplémentaires, mais à moyen long terme, ça va devenir plus dur », s’inquiète M.  Lavoie.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, ou écrivez à drenaud@lapresse.ca