Le Montréalais qui a poignardé à une vingtaine de reprises sa femme enceinte de 36 semaines avec une fourchette à viande et tué du même coup leur enfant avait la « conviction » que le fœtus était un être humain. C’est ce qu’a révélé Sofiane Ghazi jeudi dans une audience pour retirer son plaidoyer de culpabilité de meurtre non prémédité.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Je trouvais un malaise que MTaddeo allait contester la preuve médicale pour que le bébé soit un être humain ou pas. Dans ma conviction, c’est un être humain, même si c’est un fœtus dans le ventre de sa mère.

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Sofiane Ghazi

Selon ma conviction d’origine arabe et de musulman, je n’étais pas à l’aise d’aller en procès avec ça », a témoigné Sofiane Ghazi. L’homme de 39 ans maintient que ses deux anciens avocats, MFrançois Taddeo et MMoulay-Badre Aber, l’ont « incité indirectement » à plaider coupable au second jour du procès, en septembre dernier, alors qu’il vivait un véritable « effondrement émotionnel ».

Jamais, a-t-il martelé jeudi, il n’a compris qu’il allait écoper d’une peine de prison à vie en reconnaissant sa culpabilité à un chef de meurtre. Il était alors persuadé de plaider coupable à un chef moindre d’homicide involontaire et qu’il allait ainsi recevoir une peine de prison de 15 ans. « Si ça tombait à mes oreilles que c’était prison à vie, je n’aurais jamais accepté. [Mon avocat] a peut-être dit ça, mais j’étais incapable de comprendre. J’étais en train de pleurer », a-t-il raconté.

Selon lui, MAber lui avait « toujours » dit qu’il ne ferait pas les 15 ans de détention au complet qu’il serait ainsi libre aux deux tiers de sa peine. Les deux criminalistes d’expérience affirment pour leur part avoir bien expliqué à leur client que l’entente avec la Couronne signifiait une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 15 ans.

Plus tôt cette semaine, les deux avocats ont d’ailleurs défendu fermement leur intégrité devant le juge Jean-François Buffoni. Sofiane Ghazi maintient qu’il était « vulnérable et fragile » au début du procès et que MAber aurait dû lui conseiller de consulter un médecin. Le meurtrier ajoute que MAber voulait faire la sélection du jury, parce qu’il croyait en un « bluff » de la Couronne. Il voulait ainsi « enlever quelques années » à la suggestion de peine. « Il a profité de mon état esprit », a témoigné Sofiane Ghazi. Sofiane Ghazi avait créé toute une surprise au second jour de son procès devant jury en reconnaissant le meurtre non prémédité de son bébé en juillet 2017.

Consommateur de drogue dure, il avait poignardé à 19 reprises sa femme avec une fourchette à viande, touchant à neuf reprises le bébé. Malgré tout, le meurtrier évoque un « accident » et martèle avoir été « provoqué » par sa femme.

L’affaire est pratiquement hors du commun en raison du statut légal du bébé. Blessé comme fœtus dans le ventre de sa mère, « Bébé Ghazi » est mort après eu des battements cardiaques autonomes pendant plusieurs minutes à la suite d’un accouchement d’urgence par césarienne. Ce débat médical risquait ainsi d’être au cœur du procès.

Les audiences se poursuivent vendredi au palais de justice de Montréal. Sofiane Ghazi est défendu par MSteve Hanafi alors que MChantal Michaud et MLouis Bouthillier représentent le ministère public.