L’avocat d’Éric Salvail a suggéré, hier lors du deuxième jour du procès de l’ex-animateur, que Donald Duguay est habitué de « mentir » pour s’attirer la sympathie. « Ce que vous cherchez, et ce que vous cherchez toujours, c’est de l’attention. (…) Et pour obtenir cette attention, vous êtes prêt à mentir et à dire des faussetés », a lancé Me Michel Massicotte.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

La défense a poursuivi son contre-interrogatoire musclé mardi. Tout comme il l’a fait la veille, Me Massicotte a mitraillé le témoin principal sur les omissions et contradictions contenues dans ses différentes déclarations, entrant dans les plus menus détails des crimes qui seraient survenus il y a 27 ans.

La surprise est venue en fin d’après-midi, alors que l’avocat d’Éric Salvail a suggéré que Donald Duguay avait un grand « besoin d’attention et d’importance ». Il a été question des sorties médiatiques du plaignant, dont une à l’émission « Tout le monde en parle », et de sa campagne de sociofinancement « Go Fund Me » pour payer les frais d’avocat en vue d’une éventuelle poursuite au civil. L’avocat a aussi évoqué la création du site web « 7 millions de mousquetaires » qui vise à aider les victimes d’agressions sexuelles et de violences conjugales.

Donald Duguay a répondu qu’il s’était donné simplement une mission et qu’il cherchait à faire du bien.

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L’avocat d’Éric Salvail, Me Michel Massicotte.

Me Massicotte a répliqué que sous les apparences de cet homme qui veut le « bien » se cacherait plutôt un Donald Duguay bien différent, aux intentions moins nobles. Notamment, alors que le témoin soutient qu’il se sert de son site internet pour expliquer le milieu judiciaire et « aider au maximum les gens à parler », l’avocat de Salvail a laissé entendre que M. Duguay ne faisait pas ça pour ces raisons, puisqu’il est le premier à laisser entendre que sa procureure et le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) sont « incompétents ».

Des courriels exposés

Pour appuyer ses dires, l’avocat a lu des courriels au ton agressif que le témoin a envoyés à sa procureure de la poursuite, Amélie Rivard, au DPCP et à ses enquêteurs. C’est en vertu des règles de communication de la preuve que la défense a obtenu les courriels du témoin aux autorités.

Dans plusieurs passages lus par l’avocat, il a été question des nombreux « doutes » de M. Duguay sur les compétences de sa procureure, qu’il décrit comme une femme ayant une « attitude outremontoise », c’est-à-dire « hautaine ».

« J’ai probablement l’intention de déposer une plainte en déontologie à son endroit. Qu’elle s’enlève les doigts du nez et qu’elle travaille ! », a écrit le témoin principal aux supérieurs de celle-ci. Alors que dans son témoignage, il a décrit à plusieurs reprises M. Salvail de « vulgaire », M. Duguay a affirmé que ce qu’il a écrit ne tombait pas dans la vulgarité.

« Je n’ai aucune confiance en sa capacité à mener à bien un dossier aussi gros que celui-ci. Une procureure des ligues mineures ne devrait jamais être affectée à un dossier qui dépasse son seuil de compétence. », a-t-il aussi écrit à propos de cette procureure qui a plus de 15 ans d’expérience et qui est spécialisée dans les dossiers d’agressions sexuelles.

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Éric Salvail


En colère contre la lenteur du système judiciaire, l’homme de 47 ans a également déploré dans une missive envoyée juste avant les Fêtes de 2018 que la procureure fût « plus occupée à ses préparatifs de Noël qu’à ses dossiers ».

Ce coup de théâtre a permis à Me Massicotte d’affirmer d’une voix forte et ferme, devant une salle comble, que M. Duguay dévoilait là sa « vraie personnalité ».

« Pas un cas unique »

Malgré tout, le plaignant n’a pas rougi lors de la lecture de ses courriels : « Ça ne me gêne pas », a-t-il répondu au juge Alexandre Dalmau. « J’assume mes écrits », a-t-il ajouté, en s’interrogeant sur la pertinence de dévoiler de tels documents.

L’homme a tout de même reconnu que la procureure, le DPCP et les enquêteurs s’étaient « dévoués » pour lui.

Donald Duguay a affirmé que sa colère et son impatience face à la procureure du DPCP n’étaient pas un cas unique et rarissime. Avec la communauté « 7 millions de mousquetaires » qu’il a créée, il entend régulièrement des « récriminations » en lien avec « le DPCP et la lenteur ou l’incompréhension du système judiciaire », a-t-il évoqué.

« Tout le processus judiciaire est une insulte aux victimes et cela doit cesser plus tôt que tard », avait-il d’ailleurs écrit dans un courriel à sa procureure et qui a été lu par Me Massicotte.

En avant-midi, il a surtout été question de l’incident de la salle de toilette dans le sous-sol de Radio-Canada, le 29 octobre 1993, là où Donald Duguay affirme avoir été agressé sexuellement par Éric Salvail.

Me Massicotte a questionné le témoin sur les gestes qu’il a faits, ou pas. Par exemple, lorsqu’ils se bousculent et que le plaignant tente de se sortir de la situation, ce dernier affirme qu’il se retrouve très près de l’ex-vedette. « Vous avez vos deux genoux, mais vous ne décidez pas de lui donner un coup ? », a demandé l’avocat de Salvail. Au tac au tac, Donald Duguay a répondu sans broncher : « dans le feu de l’action, on ne pense pas à tout ».

« J’essaie d’éviter un viol », a-t-il aussi ajouté, lors de contre-interrogatoire serré, qui a duré une journée et demie.

L’avocat de la défense, d’un ton mordant, a aussi soulevé ce doute : « En 4-5 minutes, vous n’avez jamais réussi à vous rendre à la porte (de la salle de toilette) pour sortir ? ». « Non », a lancé le témoin.

Le contre-interrogatoire est maintenant terminé. La Poursuite a annoncé au juge la venue à partir de mercredi de quatre témoins ayant recueilli les confidences du plaignant.