Les membres de clubs de motards qui appuient les Hells Angels font preuve d’un « manque de jugement grave » et adhèrent à « certaines valeurs qui ne correspondent pas à ce que l’on s’attend d’un titulaire de permis d’armes à feu ».

Isabelle Ducas Isabelle Ducas
La Presse

C’est pourquoi trois membres du club de moto Rebel Riders Association ne doivent pas récupérer leur permis d’armes à feu, selon une décision récente du juge Thierry Potvin, de la Cour du Québec, rendue à Amos.

Marc Alarie, Alain Charette et Walter Leszczynski, membres des Rebel Riders, s’adressaient au tribunal pour tenter d’infirmer la décision du Contrôleur des armes à feu de révoquer leur permis ou de leur en refuser un, en raison de leurs liens avec les Hells Angels.

Le président des Rebel Riders, Jean-Guy Alarie, a témoigné devant la cour que les membres de son club étaient seulement « un groupe d’amis qui font des randonnées à moto », bien qu’ils soient très organisés, avec une hiérarchie et des règlements à respecter.

Il a admis que l’acronyme M.C. (pour motorcycle club), qui apparaît sur les blousons du club, est contrôlé par les Hells Angels, mais nie toute affiliation avec les motards criminels. « Monsieur Alarie prétend qu’il ne sait pas ce que font les membres des Hells Angels et qu’il ne leur pose pas de questions. Sur cet aspect, le Tribunal ne le croit pas pour des raisons évidentes », souligne le jugement.

Marc Alarie, Alain Charette et Walter Leszczynski ont reconnu qu’ils portaient des épinglettes indiquant « Support 81 ». « Cette inscription fait référence aux Hells Angels puisque le 8 représente la huitième lettre de l’alphabet, soit un H, et le 1 fait référence à la première lettre de l’alphabet, soit un A. HA étant l’acronyme usuel pour les Hells Angels », apprend-on dans le jugement.

Stupéfiants, prostitution et meurtres

Même s’ils admettent en connaître la signification, les trois hommes soutiennent que c’est seulement l’aspect esthétique de cette épinglette qui les intéressait. Le tribunal a rejeté cette explication, notant qu’il « semble peu probable que tous les membres d’une organisation aient exactement les mêmes goûts esthétiques en matière de bijoux ».

« Il se peut bien que les demandeurs n’aient pas pesé l’importance de ce symbole. Peut-être ont-ils été nonchalants ou inconscients ? », demande le juge Potvin.

Se promener en public avec un insigne qui manifeste son appui pour les Hells Angels est pour le moins troublant. Nul ne peut ignorer ce que représentent les membres en règle de cette organisation. Loin d’être des enfants de chœur, ces personnes sont impliquées, entre autres, dans le trafic de stupéfiants, le contrôle de la prostitution et plusieurs meurtres au bénéfice de leur organisation.

Extrait de la décision du juge Thierry Potvin

Les Rebel Riders sont considérés comme des supporteurs des Hells Angels, a témoigné le sergent Patrice Boucher, de la Sûreté du Québec. Certains de leurs membres ont été observés en compagnie de membres en règle des Hells Angels à des funérailles, des soupers, des foires ou à d’autres occasions, a-t-il révélé.

« Dans notre pays, la possession d’une arme à feu est un privilège. Ce privilège est hautement réglementé et un permis est nécessaire à la possession d’une telle arme », souligne le jugement, rappelant que, après plusieurs recours judiciaires du genre, les tribunaux ont maintenu la décision du Contrôleur des armes à feu de révoquer ou refuser un permis pour des individus liés aux Hells Angels.