Même si elle peine à marcher et à entendre, une ex-enseignante de 81 ans a pris la route de la prison lundi pour avoir agressé sexuellement un élève de sixième année, il y a quatre décennies. En condamnant Colette Casaubon à 12 mois de détention, la juge Karine Giguère a rappelé que l’âge d’un agresseur n’était pas synonyme de clémence.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Malgré l’écoulement du temps, malgré votre âge, il faut que le message passe pour dire que ce n’est pas parce que quelqu’un tarde à dénoncer son agresseur que son agresseur a plus de chances de s’en sauver sans détention. C’est difficile pour les victimes de dénoncer », a souligné la juge.

« Je ne pourrai pas marcher », a soufflé Colette Casaubon, le corps voûté sur sa canne, à la constable qui s’apprêtait à la menotter. C’est finalement sans menottes que la résidante de Cowansville s’est dirigée en détention, après avoir écouté le témoignage crève-cœur de sa victime.

« Descente aux enfers »

L’homme de 50 ans a vécu une véritable « descente aux enfers » après avoir été agressé sexuellement par son enseignante de sixième année en 1981 dans une école primaire d’Outremont.

« Depuis 38 ans… je vis des conséquences permanentes par rapport aux évènements qui se sont déroulés dans ma jeunesse. À mes 12 ans, j’ai connu l’alcool, puis un an plus tard, j’ai mélangé la drogue et les médicaments. Ses trois substances m’ont suivi jusqu’à mes 25 ans », a-t-il témoigné lundi.

Il a ainsi « tout perdu » et s’est retrouvé dans la rue pendant des années. Même s’il occupe désormais un emploi, il a toujours le « sentiment d’être un être humain défectueux et incompétent ». « Les dommages sont permanents », conclut-il.

Rare

Son agresseuse a plaidé coupable l’an dernier à deux chefs d’accusation de grossière indécence. Les crimes se sont échelonnés pendant l’année scolaire 1981-1982. De telles accusations visant une enseignante à cette époque sont rarissimes au Québec.

Alors qu’elle avait 42 ans, l’enseignante a reconnu avoir dansé un « slow » avec sa victime en faisant des gestes à connotation sexuelle. « Elle se collait, se frottait sur lui, son bassin contre son pénis, le caressait de chaque côté de son corps. Il sentait les lèvres dans son cou », a résumé la poursuite l’an dernier.

Colette Casaubon a ensuite invité le même garçon de 12 ans chez elle. Elle lui a offert une bière, puis a dansé un autre « slow » suggestif. Elle a ensuite fait une fellation à la victime, avant d’avoir une relation sexuelle complète. Une soirée qui l’a fait « devenir un homme », lui dira-t-elle plus tard.

« Madame a abusé de la confiance de la victime. Son rôle dans la société lui donnait le privilège d’être proche des jeunes enfants et elle a profité de son statut pour abuser sexuellement la victime », a fait valoir la procureure de la Couronne, Me Camille Boucher.

La juge Giguère a retenu dans sa décision que l’ex-enseignante était une figure d’autorité pour la victime et que ses crimes avaient eu de « graves conséquences » pour celle-ci.

« Il a passé 25 ans à devoir se battre avec des démons qui ne lui appartenaient pas et qu’il s’était imposés sur ses épaules à cause de vos gestes », a-t-elle tranché.