Le fabricant de jus et de boissons Lassonde dénonce « l’amateurisme » des organisateurs du Marathon de Montréal et les « déficiences majeures » de la course depuis trois ans, dont la plus récente édition a été assombrie par la mort d’un coureur. L’entreprise se tourne vers les tribunaux pour exiger que le marathon cesse immédiatement d’utiliser leur marque Oasis pour faire la promotion de l’édition 2020.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Commanditaire principal de la grand-messe des coureurs au Québec pendant plus de 15 ans, Lassonde tire à boulets rouges sur les organisateurs du marathon en déplorant notamment la sécurité déficiente de la plus récente édition dans une requête rendue publique jeudi au palais de justice de Montréal.

Le fabricant de jus a retiré sa commandite à la suite de la dernière édition « catastrophique » de la course. Les organisateurs n’ont pas réussi depuis 2017 à organiser un évènement qui « respecte les standards de l’industrie », plaide Lassonde. Malgré tout, l’évènement continue de s’afficher comme le « Marathon international Oasis de Montréal ».

Dans une demande en injonction provisoire, interlocutoire et permanente déposée lundi à la Cour supérieure du Québec, Lassonde réclame aux organisateurs du marathon de ne plus utiliser « illégalement » leur marque phare Oasis pour promouvoir le Marathon de Montréal. Un juge a déjà pris en délibéré leur demande d’injonction urgente.

Les géants américains Competitor Group, qui utilise la marque Rock’n’Roll Marathon, et World Triathlon Corporation, connu sous le nom Ironman, sont visés par cette requête. Lassonde leur reproche de continuer d’utiliser la marque Oasis dans le but de « forcer le retour et le maintien du contrat » et d’obtenir le paiement de la commandite, pourtant retirée quelques jours après le marathon de 2019.

Lassonde souligne les « sérieux » problèmes de logistiques de l’édition 2018 de la course, dont le départ était donné pour la première fois au centre-ville de Montréal. L’entreprise québécoise énumère dans sa requête une série de pépins qui ont « miné » cette édition : distribution tardive des dossards, organisation déficiente du site de départ, nombre insuffisant de kiosques, délais excessifs pour récupérer les effets personnels, etc.

L’ancien commanditaire de l’évènement a également observé une baisse marquée de la participation au marathon depuis 2016, passant de 35 124 participants à 22 449 en 2018, et même à 18 000 coureurs l’an dernier. Malgré ce « déclin », le coût de sa commandite est passé de 250 000 $ par année à 350 000 $. Les organisateurs justifiaient cette augmentation par le nombre élevé de participants.

Dans la foulée de l’édition 2018, Lassonde a fait part de son insatisfaction aux organisateurs quant aux « nombreux problèmes » de la course. Le commanditaire était alors particulièrement préoccupé par la sécurité et les services médicaux offerts aux coureurs. Or, les promesses de « changements significatifs » n’ont pas été tenues à l’édition 2019, souligne-t-on dans la requête.

Lassonde déplore le niveau de sécurité « entièrement déficient » qui a mené à un retard de 50 minutes du départ du marathon et du demi-marathon en raison de l’absence de personnel pour assurer la sécurité. « Un constat inexcusable considérant le fait que les défenderesses pouvaient et auraient dû planifier l’évènement du Marathon de Montréal depuis un an », plaide Lassonde.

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Lassonde déplore le niveau de sécurité « entièrement déficient » qui a mené à un retard du départ du marathon et du demi-marathon de 50 minutes lors de l'édition 2019.

Le fabricant de jus souligne également la mauvaise planification du trajet de la course 2019. En effet, les coureurs d’élite du marathon ont été contraints de courir à contresens des coureurs du demi-marathon sur certaines sections du parcours.

« De tels incidents dénotent un amateurisme patent, qui empêche le Marathon de Montréal de se comparer favorablement aux grands évènements de course organisés à travers le monde », affirme Lassonde.

L’entreprise de Rougemont soutient subir un préjudice « sérieux ou irréparable », puisque sa marque porte-étendard se retrouve associée contre son gré à la prochaine édition de la course, alors que l’image du marathon est « ternie » par les « cafouillages » des dernières années. C’est pourquoi Lassonde s’adresse aux tribunaux pour obtenir une ordonnance d’injonction afin de forcer le Marathon de Montréal de ne plus utiliser sa marque.

Quant aux organisateurs du marathon, ils soutiennent avoir toujours le droit d’utiliser le nom Oasis, explique Lassonde dans sa requête. La société américaine Competitor Group n’a pas répondu à notre demande d’entrevue jeudi.

Joint par La Presse, le nouveau directeur général de la course, le Montréalais Eddy Afram, a indiqué ne pas être en mesure de se prononcer en raison du processus judiciaire. Il a toutefois tenu à spécifier que l’évènement était en « bonne santé » et que la prochaine édition aurait lieu aux « mêmes standards » que les années précédentes.

Près de cinq mois après les évènements, la famille du jeune Patrick Neely, mort près du 19e kilomètre du demi-marathon de Montréal, est encore troublée par les évènements.

Jointe jeudi, la mère du jeune homme n’a pas voulu commenter les affirmations contenues dans la poursuite de Lassonde, si ce n’est pour dire qu’elle attend la réception du rapport d’autopsie et du rapport du coroner sur cette mort.

- Avec Ariane Lacoursière, La Presse