Fermeture de quatre postes de quartier sur six, création d’une nouvelle escouade, division de l’île en 27 micro-secteurs, construction d’un nouveau poste de gendarmerie pour éliminer les déplacements perdus, fin des silos dans les sections d’enquête ; le Service de police de Laval (SPL) annonce un ambitieux plan de restructuration qui marque la fin de la police communautaire telle qu’on la connaît et qui se traduira, selon lui, par une plus grande proximité et un meilleur service à la population.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

« Les citoyens veulent que l’on soit visibles, mais pas n’importe quand : quand ils en ont besoin et qu’il y a des problèmes. Ils veulent que l’on soit accessibles et que l’on réponde rapidement aux appels », affirme le directeur du SPL, Pierre Brochet.

En entrevue avec La Presse, il a expliqué la future réorganisation du SPL, qui commencera en 2021 et qui touchera environ 80 % de ses 610 policiers et 200 employés civils.

Alors que Laval connaît une croissance démographique et urbaine accélérée, surtout dans l’ouest de l’île Jésus, le seul poste de gendarmerie d’où partent les patrouilleurs qui répondent aux appels d’urgence est situé dans l’est de la ville, un non-sens qui fait perdre 20 000 heures/personne par année au SPL, déplore le directeur Brochet.

On va construire un nouveau poste dans l’ouest [sur le boulevard Curé-Labelle, au sud de l’autoroute 440], et ce sont 20 000 heures qu’on va ajouter en présence, visibilité et accessibilité sur le terrain.

Pierre Brochet, directeur du SPL

Le SPL, qui compte actuellement huit bâtiments, en comptera cinq à la fin de la restructuration. Quatre postes de quartier seront fermés progressivement, et leurs effectifs envoyés dans une nouvelle escouade de prévention.

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Le poste de quartier 5, voué à fermer dans la foulée de la réorganisation du Service de police de Laval

« Ce n’est pas parce que tu as un immeuble dans un quartier que les citoyens sont plus en sécurité. Les postes de quartier sont fermés les soirs, nuits et fins de semaine. Et le taux d’encadrement est très élevé pour seulement quatre ou cinq policiers en devoir. Quand tu as si peu de personnel pour gérer les problématiques, tu manques de robustesse », explique M. Brochet.

Pour compenser la disparition de quatre postes de quartier, le SPL crée une nouvelle équipe baptisée Azimut, dont le mandat sera de s’attaquer aux problématiques de quartier et de répondre aux plaintes des citoyens.

Avec l’escouade Azimut, on aura presque 40 000 heures où ce seront une vingtaine de policiers dégagés de la réponse aux appels qui vont travailler la sécurité routière, les incivilités et la criminalité.

Pierre Brochet

Le plan prévoit également que des intervenants sociocommunautaires civils pourraient patrouiller sur la route à compter de 2021 et répondre, avec les policiers, aux appels en lien avec des problèmes de santé mentale.

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Terrain vague sur le boulevard Curé-Labelle qui accueillera le futur quartier général du Service de police de Laval

Les nouvelles affectations des policiers se feront à coût nul, mais une trentaine de policiers et sept enquêteurs devraient être ajoutés d’ici 2023. La construction d’un nouveau poste de gendarmerie sur le boulevard Curé-Labelle coûtera près de 50 millions.

Restructuration majeure à la police de Laval

Deux postes de gendarmerie au lieu d’un seul :

Alors qu’il y a actuellement un seul grand poste de gendarmerie dans l’île Jésus, dans l’est de l’île, il y en aura maintenant deux : un dans l’Est – l’actuel poste situé au 3225, boulevard Saint-Martin, qui sera conservé – et un dans l’Ouest, qui sera construit sur le boulevard Curé-Labelle, au sud de l’autoroute 440, et qui deviendra en même temps le quartier général du SPL.

Ces deux postes abriteront au total plus de 200 patrouilleurs qui répondront exclusivement aux appels d’urgence. On y retrouvera également des enquêteurs pour répondre aux dossiers urgents, comme les violences conjugales.

De six postes de quartier à deux :

Il y a actuellement six postes de quartier dispersés dans les secteurs Laval-Ouest, Sainte-Rose, Auteuil, Pont-Viau, Chomedey et Saint-François. Quatre d’entre eux seront progressivement fermés et seuls les PDQ 1, dans l’Est, et 4, dans l’Ouest, seront conservés. On retrouvera dans chacun de ces deux postes de quartier des comptoirs de services aux citoyens et, nouveauté, des équipes de policiers appelées Azimut. Ces policiers auront le mandat de s’attaquer aux problématiques locales dans les quartiers, comme le désordre public, les incivilités et les enjeux de sécurité routière. Ils agiront partout sur le territoire de la police de Laval.

Nouvelle approche de proximité :

Pour remplacer les postes de quartier qui disparaissent, le SPL récupère tous les agents sociocommunautaires qui s’y trouvent et crée une escouade de prévention composée d’une vingtaine de policiers. Le SPL divise l’île Jésus en 27 sous-secteurs, comportant chacun en moyenne 15 000 habitants, et confie aux membres de cette escouade de prévention le mandat de s’attaquer aux problèmes ou de répondre aux besoins des résidants de ces sous-secteurs. « Ce sont des micro-secteurs de Laval, des milieux de vie. On va aller beaucoup plus loin en termes de proximité dans la connaissance des besoins de secteurs beaucoup plus petits », dit le chef du SPL, Pierre Brochet.

Des travailleurs sociaux en patrouille :

Le SPL possède déjà une équipe d’intervenants sociaux sur appel 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pour venir en aide aux personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. En 2021, la police de Laval veut mettre sur pied un projet-pilote selon lequel des intervenants sociaux seront déployés comme des patrouilleurs pour intervenir lors de situations complexes qui touchent des problématiques psychosociales et nécessitent des interventions adaptées. Le SPL veut que les intervenants arrivent rapidement sur le lieu d’un appel, presque en même temps que les policiers. Une fois la situation sous contrôle, ils prendraient le relais des policiers qui pourront quitter la scène plus rapidement. Il pourrait y avoir plus d’une patrouille de travailleurs sociaux à la fois. Le SPL compte neuf travailleurs sociaux civils et souhaite en embaucher trois autres en 2021.

Un centre nerveux techno :

L’un des étages du futur quartier général du SPL sera occupé par le Centre intelligent de la gestion de la sécurité, composé d’équipes vouées à la protection des citoyens en temps réel, 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Parmi celles-ci, on retrouvera le Centre intelligent de vigie opérationnelle (CIVO), une première au Québec. Le futur CIVO est inspiré des RTCC (real time crime center) qui existent dans de grandes villes américaines et canadiennes. Le CIVO sera composé d’analystes civils qui utiliseront les nouvelles technologies et banques de données pour obtenir le maximum de renseignements, soutenir les policiers et enquêteurs de terrain pour qu'ils soient plus efficaces. Sur le même étage, on retrouvera notamment le Centre de coordination des mesures d’urgence et le Centre des opérations policières.

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Le Centre intelligent de vigie opérationnelle (CIVO)

Finies les enquêtes en silo :

Agressions sexuelles, proxénétisme, traite de personnes, exploitation sexuelle des enfants ; tous les enquêteurs qui travaillent séparément sur ces types de crimes travailleront maintenant ensemble sous le même chapeau d’une grande escouade des agressions sexuelles. Le but est de mieux traiter les plaintes, mais également de mieux soutenir les victimes. Pour ce faire, le SPL fera également l’acquisition d’un chien de soutien.

Fin des silos et fusion également pour les enquêteurs des homicides et des crimes de voies de fait graves qui seront unis dans une escouade des crimes contre la personne.

Les enquêteurs de la lutte contre le crime organisé, des stupéfiants et de la moralité seront eux aussi regroupés, ainsi que tous les enquêteurs des différents crimes contre la propriété.

Ces quatre sections demeureront dans l’actuel quartier général du SPL, au 2911, boulevard Chomedey, qui deviendra le Centre des enquêtes.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.