Alors que la situation sécuritaire se dégrade dans le nord-est de Montréal, un jeune rappeur local nargue la police en s’affichant avec de vraies armes à feu dans ses clips visionnés par des dizaines de milliers de personnes.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Yahya Mouhime fait l’objet d’un mandat d’arrestation depuis juillet dernier, mais échappe toujours au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Les policiers se sont mis à ses trousses après avoir déterminé que les armes que lui et ses amis brandissent dans l’un de ses clips musicaux étaient authentiques. Le SPVM a arrêté six personnes et saisi la majorité des armes impliquées dans cette affaire, mais Yayha Mouhime demeure introuvable.

Mouhime, qui a 19 ans, mieux connu sous son nom d’artiste « VT », s’affiche toutefois sans problème sur Instagram.

Cet automne, il a mis en scène sa propre arrestation dans une séance photo impliquant un faux policier et un faux véhicule de patrouille.

Il continue aussi de diffuser d’autres images sur les réseaux sociaux et a même sorti un nouveau morceau la semaine dernière, dans lequel il apparaît de nouveau avec des armes à feu.

« Selon nos experts de l’Équipe nationale de soutien à l’application de la Loi sur les armes à feu (ENSALA), les armes semblent véritables », a indiqué SPVM quant à ce nouveau clip, soulignant toutefois que cet avis ne constituait pas une expertise en bonne et due forme.

Un individu qui s’est présenté comme son gérant n’a pas voulu dire à La Presse s’il savait où se trouve actuellement Yahya Mouhime. Le rappeur ne désire pas s’exprimer publiquement sur la situation parce que « c’est toujours de la négativité qui ressort », a-t-il ajouté. « On est toujours non coupable jusqu’à preuve du contraire. »

Ses clips s’ouvrent sur un avertissement selon lequel les accessoires utilisés sont factices, une défense rejetée par la police.

Proxénétisme, drogue et menaces de mort

Dans ses clips, Mouhime affiche son adhésion à un mode de vie criminel comprenant la vente de drogue, le proxénétisme et l’utilisation d’armes à feu, en plus de proférer des menaces de mort. Il s’identifie aussi ouvertement aux gangs de rue d’allégeance rouge.

Dans la dernière vidéo diffusée – une collaboration avec un autre rappeur –, il prévient ses ennemis qu’il porte un 38 millimètres dans son sac à bandoulière pendant que des comparses pointent des armes vers la caméra. Le refrain fait la liste des gens qu’il veut abattre : ses ennemis, ceux qui « parlent trop fort » et ceux qui ne paient pas leur drogue.

Ses clips recueillent des dizaines, voire des centaines de milliers de visionnements sur YouTube. L’un d’eux a même été vu par 1,7 million d’internautes.

Fin novembre, Yahya Mouhime a mis en ligne sur Instagram une photo dans laquelle il se faisait passer les menottes par un individu habillé en policier, à côté d’un véhicule identifié aux couleurs de la police.

« Il ne s’agit pas d’un policier du SPVM », a précisé le corps de police. Mouhime « n’aurait vraisemblablement pas affiché un tel sourire s’il s’était fait passer les menottes aux poignets par un véritable policier ».

La dernière adresse connue de Yahya Mouhime se trouve dans le nord de Saint-Léonard, près de Montréal-Nord.

Dans son avis de recherche, le SPVM avertit que le jeune homme « est possiblement armé ». « Il mesure 168 cm (5', 6") et pèse 59 kg (130 lb). Il a les yeux bruns et les cheveux noirs », ajoute la police.