(Québec) Un sympathisant du groupe d’extrême droite Atalante vient d’être condamné à 15 mois de prison pour avoir battu un homme dans un bar de Québec.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

Louis Fernandez, 26 ans, a commis un geste haineux motivé par l’idéologie quand il a attaqué Guillaume* le 15 décembre 2018, a tranché dans sa décision la juge Réna Émond.

« La preuve démontre hors de tout doute raisonnable que l’accusé attaque la victime parce qu’elle ne partage pas les mêmes convictions que lui […] Le climat de l’agression ne laisse place à aucune autre interprétation », a déclaré la juge jeudi au palais de justice de Québec.

Ce facteur aggravant a poussé le tribunal à se ranger à la suggestion de la Couronne, qui réclamait 15 mois d’emprisonnement. La défense proposait quant à elle une peine de trois mois, purgée les fins de semaine.

L’avocat de Louis Fernandez, MBenoit Labrecque, avait suggéré lors des observations sur la peine que le geste de son client représentait une « erreur de gars soûl », qu’il le regrettait et que celui-ci n’était « pas un extrémiste ».

La juge n’a manifestement pas souscrit à cette analyse.

C’est au bar LvlOp, dans le quartier Saint-Roch, qu’a eu lieu l’agression. Fernandez a demandé par deux fois à Guillaume s’il était antifasciste. Celui-ci aurait répondu « oui, peut-être ». Il s’est alors retrouvé entouré par l’agresseur et ses amis.

Puis Fernandez l’a attaqué. Il a laissé le jeune homme avec une importante commotion cérébrale et une fracture au nez.

Les policiers avaient retrouvé sur Fernandez une bonbonne de gaz poivre et un autocollant du groupe Atalante. Il a plaidé coupable en juin dernier à une accusation de voies de fait ayant causé des lésions.

Guillaume a quant à lui consulté plusieurs spécialistes, qui lui ont diagnostiqué un choc post-traumatique. Il a quitté Québec, sa ville natale, car il se sentait suivi, épié, et il avait peur que des gens s’en prennent à lui.

« Il a peur d’être étiqueté par des groupes d’extrême droite » et « il appréhende des représailles à la suite du procès », a rappelé la juge.

L’agresseur « témoigne d’une certaine empathie pour la victime », note la juge. « Mais il semble davantage préoccupé par ses propres pertes et les effets négatifs découlant du crime pour lui. »

Fernandez s’adresse au tribunal

Fernandez a demandé de s’adresser au tribunal après la sentence. « Mon geste était stupide », a commencé Fernandez, avant de se lancer dans une tirade politique.

« Je ne suis pas raciste, parce que j’admets que n’importe quel peuple a le droit de s’épanouir en tant que peuple, a le droit de vivre selon ses traditions et de vénérer ses ancêtres sur ses terres », a lancé Fernandez, lui-même un immigrant français.

Il a ensuite soutenu qu’il avait été condamné pour des motifs politiques et a affirmé que la prison, plutôt que le dissuader, le confortait dans son militantisme.

« Je vous invite à relire ma décision », a répondu la juge.

C’est le deuxième procès médiatisé dans lequel se retrouve un proche d’Atalante en quelques mois. Son leader a été blanchi en juin dernier d’accusations d’entrée par effraction, de méfaits, de harcèlement criminel et d’intimidation.

Raphaël Lévesque et six militants masqués s’étaient introduits dans la salle de rédaction montréalaise du média Vice pour remettre un « prix poubelle » à un journaliste dont ils n’aimaient pas le travail.

La Presse a choisi de ne pas divulguer le nom de famille de Guillaume, car il dit craindre des représailles.