À l’issue d’une large enquête menée depuis plusieurs années sur le recrutement d’étudiants étrangers, l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sévit. L’organisme a procédé vendredi à l’arrestation de deux anciennes employées de la commission scolaire anglophone Lester-B.-Pearson, et plusieurs chefs d’accusation ont été déposés.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Caroline Mastantuono et Christina Mastantuono sont les deux personnes visées par ce mandat d’arrêt. Les infractions alléguées se seraient produites entre les mois d’avril 2014 et mars 2016.

Alors qu’elle était directrice du département des études internationales de la commission scolaire, la première aurait « élaboré un stratagème de fraude, de production et d’usage de faux documents qui au final aura causé un risque de préjudice financier […] en plus de tromper le ministère de l’Immigration », affirme le corps de police spécialisé, dans un communiqué. La seconde, qui était employée du même département à l’époque, aurait participé à ce stratagème.

Huit chefs d’accusation ont été déposées contre les deux femmes, dont ceux d’abus de confiance, de production et d’usage de faux documents ainsi que de fraude.

Selon nos informations, ces infractions ont été commises « avec une compagnie de recrutement » contrôlée par un troisième suspect. La Presse a pu confirmer qu’il s’agit de Naveen Kolan, homme d’affaires ontarien qui est notamment propriétaire d’Edu Edge. Sur son site web, cette entreprise de recrutement se décrit comme un tiers fournissant « des services et des solutions qui aident les établissements d’enseignement ».

M. Kolan est visé par les mêmes chefs d’accusation que les deux ex-employées. Ensemble, les trois suspects « forgeaient de faux documents » pour laisser entendre que des étudiants étrangers avaient payé leurs droits de scolarité. Ainsi, ces étudiants pouvaient obtenir le certificat d’acceptation du Québec nécessaire à la poursuite de leur parcours. « Ils ne payaient les sommes dues que pendant leurs études », illustre le porte-parole de l’UPAC, Mathieu Garneau. Selon lui, le préjudice causé par ces manœuvres est évalué à environ 1,4 million. Environ 80 dossiers individuels ont été identifiés par l’enquête.

De son côté, l’entreprise Edu Edge « facturait » la commission scolaire pour des étudiants qui étaient déjà inscrits, ce qui lui aurait permis de « recevoir des avantages » de manière illégale, note Mathieu Galarneau. Il précise que les fraudes de ce type sont évaluées à environ 77 000 $.

Les deux femmes impliquées dans cette affaire ont été arrêtées. Elles ont été libérées sous promesse de comparaître le 20 janvier, au palais de justice de Montréal. Naveen Kolan, lui, est toujours recherché par l’UPAC. Mardi, Radio-Canada a révélé que Caroline Mastantuono et Christina Mastantuono dirigent aujourd’hui un large réseau de collèges privés, qui est aussi surveillé de près par les autorités.

Une « restructuration complète »

Dans une courte déclaration, la commission scolaire Lester-B.-Pearson n’a pas souhaité s’avancer sur les procédures en cours. Néanmoins, elle soutient que plusieurs changements ont été effectués dans les dernières années pour corriger la situation.

« Nous avons découvert, au cours de l’année 2016, des irrégularités dans les opérations du département des études internationales. Ces irrégularités ont été signalées immédiatement au ministère de l’Éducation et à l’UPAC et une restructuration complète du département a été effectuée », affirme une porte-parole de la commission scolaire, Joanne Malowany.

Elle ajoute que « les personnes identifiées » par l’UPAC ne sont plus au service de la commission scolaire depuis 2016. « Aucun autre commentaire ne sera émis vu les procédures judiciaires », conclut Mme Malowany.

Plus tôt cette semaine, le premier ministre François Legault avait déclaré avoir « demandé qu’on fasse toute la lumière » dans ce dossier. « C’est quelque chose qui, a priori, ne sent pas bon », a-t-il illustré lorsqu’il a été questionné sur cette affaire par des journalistes, en mêlée de presse.