Chef de la police du Nunavik, assistant-directeur à la police de Thetford Mines, conseiller au commissaire de l’UPAC, cadre au BIG, au Bureau du taxi ou à la Direction des immeubles de la Ville de Montréal, directeur au Centre de prévention de la radicalisation, conseiller au directeur du SPVM mais sans tâche à accomplir : un directeur adjoint suspendu de la police de Montréal, qui poursuit son employeur devant le tribunal pour être réintégré, a décrit mercredi son chemin de croix, qui dure depuis trois ans et demi.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Bernard Lamothe a été suspendu en 2017 dans la foulée des allégations qui ont secoué les affaires internes et la direction du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Il a fait l’objet d’une enquête par les membres de l’équipe mixte créée pour enquêter sur ces allégations, et il a été blanchi un an plus tard.

Malgré ses demandes répétées, il n’a jamais été réintégré au SPVM. On lui a plutôt proposé les assignations citées précédemment.

Mardi, le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a expliqué que M. Lamothe n’était pas dans les « cartons » du SPVM parce qu’il ne voulait pas réintégrer un membre de l’ancienne direction et que des officiers s’étaient plaints de son comportement « relationnel ».

« Lamothe, c’est du passé »

Bernard Lamothe dit avoir rencontré trois fois les enquêteurs de l’équipe mixte entre août 2017 et août 2018. Il soutient que la première fois, les enquêteurs l’ont questionné sur un paiement de 5000 $ fait à une source, la deuxième fois sur le fait qu’un policier en heures supplémentaires aurait conduit sa famille à l’aéroport pour des vacances ; la troisième fois, il a été rencontré comme témoin, pour parler d’autres personnes.

« Ils m’ont aussi alors dit que mon dossier était fini, qu’il n’y avait plus rien au DPCP [procureur] et que mon dossier était rendu au SPVM », a dit M. Lamothe.

Mais ce n’est que 10 mois plus tard, en juin 2019, que le SPVM lui a annoncé qu’il était blanchi sur les plans criminel et disciplinaire, lorsqu’un officier l’a appelé.

Le jour même, le directeur Caron a demandé à le rencontrer.

« Ça s’est passé dans un café à Boisbriand. Il m’a demandé si je voulais prendre ma retraite et j’ai répondu non. Ça m’a coupé les jambes, mais il m’a demandé : “Ça te tenterait d’aller au Nunavik, comme chef de police à Kativik ?” Avant d’ajouter : “Tu pourrais être conseiller à mon bureau durant six mois, mais je ne sais pas ce que tu vas faire” », a raconté Bernard Lamothe.

D’autres rencontres, conversations et messages textes ont été tenus ou échangés entre les deux hommes ; M. Lamothe demandait de réintégrer sa place, mais le chef de police répondait que tous les postes de directeur adjoint étaient pourvus.

« Une fois, il m’a dit : “Lamothe, c’est du passé, moi, j’avance” », a témoigné M. Lamothe. Selon lui, c’est la seule fois que le chef de police a laissé entendre qu’il n’était plus dans les plans. Jamais il ne lui a parlé de ses lacunes relationnelles, a-t-il déclaré.

Revenir à une vie normale

Le 31 juillet 2019, Bernard Lamothe a soumis sa candidature pour devenir commissaire de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Il a franchi une première étape et a ensuite été rencontré par un comité de sélection composé de cinq personnes.

« Ils m’ont demandé si le rapport de l’équipe mixte allait être rendu public, comment il se faisait que j’aie été blanchi et que le SPVM ne m’ait toujours pas réintégré et ce qu’allaient dire les médias s’ils me donnaient le poste de commissaire. Le 8 octobre, j’ai reçu une lettre de Liette Larrivée m’indiquant que j’ai été jugé apte à occuper la fonction, mais que je n’avais pas été sélectionné », a-t-il dit.

« Mon objectif est de revenir à une certaine normalité dans ma vie familiale et professionnelle. Je n’ai jamais fait partie d’un clan, j’ai toujours défendu l’institution. Le SPVM, c’est ma vie et ma famille », a déclaré Bernard Lamothe tout en déplorant que son employeur n’ait jamais annoncé publiquement qu’il avait été blanchi malgré ses demandes répétées. Son témoignage se poursuit jeudi.

Par ailleurs, la Cour du Québec a rejeté sa requête visant à interdire au SPVM de nommer un directeur adjoint tant que les juges n’auront pas rendu leur décision.

« Cela ne signifie pas que le jugement définitif que rendra le Tribunal sera d’application théorique s’il advenait qu’il donne raison à M. Lamothe : la Ville devra alors l’intégrer même si tous les postes de gestion actuellement disponibles seront alors occupés, ainsi qu’elle l’a d’ailleurs concédé », écrivent toutefois les juges Marie-Michelle Lavigne, Enrico Forlini et Éric Dufour.

Mercredi après-midi, le directeur du SPVM, Sylvain Caron, a annoncé à tous ses cadres le départ à la retraite en janvier prochain de l’un de ses directeurs adjoints.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.