(Montréal) C’est au tour du procureur de la Couronne de plaider jeudi après-midi, avec cet objectif : faire condamner le fondateur de Juste pour rire, Gilbert Rozon, pour viol et attentat à la pudeur d’une femme.

Stéphanie Marin
La Presse Canadienne

La défense, elle, a déjà présenté sa plaidoirie. Le 6 novembre dernier, l’une des avocates de l’accusé, Me Isabel Schurman, s’est affairée à attaquer le témoignage de la plaignante, qu’elle a décrit comme un récit parsemé « de trous de mémoire » et rempli de contradictions et d’invraisemblances.

Les deux chefs d’accusation ont été portés pour des gestes qui remonteraient à 1980.

L’ex-magnat de l’humour avait alors 25 ans, cinq de plus que la plaignante — dont l’identité est protégée par une ordonnance de non-publication. L’accusé, qui a maintenant 66 ans, a nié avoir commis ces crimes.

La plaignante a relaté lors du procès comment s’était déroulé, il y a 40 ans, un rendez-vous galant avec l’accusé.

Après une soirée dans une discothèque des Laurentides, Gilbert Rozon devait aller la reconduire, mais s’est arrêté en chemin à la maison de sa secrétaire pour aller chercher des documents. À l’intérieur, la femme a raconté qu’il s’est jeté sur elle pour l’embrasser, lui mettant la main au décolleté, puis tentant de lui retirer ses petites culottes. Elle s’est débattue et l’a repoussé pour qu’il cesse, a-t-elle témoigné. Disant n’avoir pas d’autres options pour rentrer chez elle, et jugeant qu’il avait bien compris son refus, elle a passé la nuit sur place, seule, dans une chambre. Au petit matin, elle s’est réveillée parce que Gilbert Rozon était sur elle, déterminé à avoir une relation sexuelle.

L’accusé a livré une autre version : il soutient qu’il a invité la jeune femme à prendre un dernier verre dans une maison louée par l’une de ses employées, et à laquelle il avait accès. Après l’avoir caressée et embrassée, il a mis sa main sous sa jupe, mais affirme avoir tout arrêté quand elle s’est raidie et lui a dit : « non ». Dépité, il est allé se coucher et s’est réveillé en voyant la plaignante à califourchon sur lui, en train de « se faire l’amour ».

La Couronne a un lourd fardeau de preuve : elle doit démontrer hors de tout raisonnable que les crimes ont été commis.

Après avoir attaqué le témoignage de la plaignante, Me Schurman a rappelé que s’il y a un doute quelconque dans la tête de la juge, son client doit être acquitté.

« Il serait dangereux de fonder une condamnation criminelle sur ce témoignage dont la fiabilité est questionnable », teinté par un désir inscrit dans la foulée du mouvement MeToo, afin de faire payer l’accusé et de le forcer à rendre des comptes, avait-elle fait valoir.

Après la plaidoirie du procureur de la Couronne, Me Bruno Ménard, le sort de Gilbert Rozon sera entre les mains de la juge Mélanie Hébert de la Cour du Québec. Elle va vraisemblablement prendre l’affaire en délibéré avant de rendre son verdict.