(Québec) L’un des cinq blessés de l’attaque au sabre du Vieux-Québec a décidé de briser le silence dans une vidéo de 45 minutes filmée de son lit d’hôpital.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

Le violoncelliste Rémy Bélanger de Beauport a reçu « huit ou dix » coups de sabre le soir du 31 octobre, lorsque deux passants innocents ont été tués à l’arme blanche par un assaillant.

Il a subi plusieurs blessures sérieuses. L’index de sa main droite, sectionné, a dû être rattaché à son corps par de minutieuses interventions chirurgicales. Il doute de pouvoir redevenir le musicien qu’il était.

L’agression a bouleversé sa vie. Pourtant, il ne souhaite pas nécessairement voir le suspect, Carl Girouard, enfermé derrière les barreaux pendant de longues années.

« J’étais dans l’ambulance le 31 octobre et je lui avais déjà pardonné », lâche l’homme dans son récit à glacer le sang.

« Pour moi, ce gars-là, pour commettre ce qu’il a commis, c’est sûr qu’il a été fucké par quelque chose. Et ce quelque chose aurait été assez pour me fucker moi ou vous fucker vous », ajoute-t-il.

Rémy Bélanger de Beauport aimerait une véritable prise de conscience quant au manque de services en santé mentale. Il aimerait aussi voir à l’œuvre une « justice transformatrice », et notamment avoir la chance de discuter avec son assaillant.

« Ma satisfaction, ce serait de savoir que ce gars-là a l’aide dont il avait besoin depuis vraiment longtemps », dit-il dans la vidéo qu’il a diffusée sur Facebook.

« L’être de chair qui tenait l’épée ce soir-là, j’ai l’impression qu’à l’intérieur de cet être, il ne restait plus grand-chose du gars. »

Il croyait à une blague

Le musicien se promenait le soir de l’Halloween près du Château Frontenac, comme il le fait souvent, lui qui habite non loin.

Rendu sur la place d’Armes, il a vu surgir un homme aux cheveux mi-longs, qui semblait déguisé « légèrement », affublé d’une cape et d’un long sabre.

« Ça s’est passé tellement vite. Il s’approche de moi. Et moi, j’ai l’impression que c’est juste un gars chaud à l’Halloween, qui va faire une blague de mauvais goût, va faire semblant de te frapper juste pour t’écœurer », raconte-t-il.

« Il a levé son sabre dans les airs, mais moi, je n’ai jamais pensé qu’il allait me frapper avec. Je pensais qu’il allait faire semblant. Mais son sabre est redescendu sur ma tête direct. »

Complètement sonnée par ce qui se passait, la victime s’est mise à appeler à l’aide tandis que son agresseur continuait de la frapper. Il estime avoir reçu entre huit et dix coups de sabre. Puis l’homme est parti sans l’achever. Rémy Bélanger de Beauport se demande toujours pourquoi.

« Je me souviens de mon index complètement séparé de ma main. Je me souviens de prendre l’index dans la rue, le mettre dans ma main et la refermer », relate le violoncelliste.

Une fois rendu à l’hôpital, il a précisé à un médecin qu'il était musicien, et il a été transféré à Montréal. À l’hôpital du Sacré-Cœur, il a vu une chirurgienne réputée qui a su sauver son doigt.

Il « ne pense pas revenir au niveau d’avant ». « Peu importe l’état de mon corps, peu importe l’état de ma main, je reste violoncelliste improvisateur […]. J’ai de nouvelles limites à explorer », lance l’homme.

« Je ne sais pas c’est quoi, un artiste qui travaille avec un trauma, mais je suis en train de le découvrir. »

Une campagne de sociofinancement a par ailleurs été lancée pour aider l’homme. Plus de 20 000 $ ont été amassés jusqu’à maintenant.