Une altercation entre un militant anticonspirationniste cagoulé et des manifestants antimasques qui s’étaient rassemblés à Longueuil, samedi matin, a mené à l’arrestation de l’un des principaux leaders du mouvement de contestation des mesures sanitaires, Mario Roy.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

M. Roy, qui promettait sur Facebook de bloquer un pont ce week-end pour dénoncer les mesures gouvernementales, a été brièvement détenu par les policiers dans un véhicule de patrouille, avant d’être relâché. Les policiers de Longueuil ont retenu contre lui une plainte d’intimidation et menaces, qui sera soumise au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

L’homme cagoulé, dont l’identité n’a pas été confirmée par le Service de police de Longueuil, est selon nos informations un militant actif dans des groupes anticonspirationnistes sur Facebook. Il a lui aussi été arrêté et rapidement libéré. Une plainte d’agression armée a été retenue contre lui par les policiers et sera transmise au DPCP.

De nombreuses vidéos ont circulé sur l’internet montrant M. Roy se disant victime d’un « coup monté » quand les policiers l’ont mis en état d’arrestation.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE KAROL LA LOUVE TARDIF

Les militants antimasques s’étaient réunis en matinée samedi dans le stationnement d’un restaurant de Longueuil pour participer à un convoi vers Québec, organisé par Mario Roy.

L’homme cagoulé se trouvait dans un véhicule et prenait, selon M. Roy, des photos des plaques d’immatriculation des véhicules des militants présents.

M. Roy soutient que l’homme a tenté de le heurter en reculant lorsqu’il s’est approché de son véhicule pour prendre lui-même une photo de sa plaque et la fournir aux policiers.

Le Service de police de Longueuil affirme qu’il n’y a jamais eu d’impact entre le véhicule de l’homme cagoulé et M. Roy. M. Roy soutient néanmoins que l’incident est une « tentative de meurtre » à son endroit.

« Ça fait une semaine que je suis la cible de menaces de mort, a dit M. Roy en entrevue avec La Presse. Quand je me suis approché de sa voiture, l’homme m’a dit mon adresse par la fenêtre et m’a répété les mêmes menaces que je reçois au téléphone depuis une semaine. Il y a des gens qui en veulent à ma vie », soutient M. Roy.

Tentative d’« arrestation citoyenne »

M. Roy reconnaît avoir tenté de procéder à l’« arrestation citoyenne » de l’homme cagoulé et que plusieurs manifestants ont encerclé le véhicule. « C’est sûr à 100 % que la plainte ne sera pas retenue contre moi, dit-il. Je n’ai pas intimidé le gars. J’ai été pour faire une arrestation civile après qu’il a essayé de m’écraser avec son véhicule », soutient-il.

Figure importante du mouvement antimasque, Mario Roy multiplie depuis plusieurs semaines les démarches judiciaires visant le gouvernement. Il a notamment déposé en septembre une plainte criminelle privée à la SQ contre Horacio Arruda et François Legault, qu’il accuse de « haute trahison ». Il a ensuite menacé l’ensemble des députés de l’Assemblée nationale de les ajouter à cette plainte criminelle s’ils n’adoptaient pas une motion de désaveu contre le gouvernement dans les 48 heures.

Scission au sein du mouvement antimasque

M. Roy a été déclaré « plaideur quérulent » en Cour du Québec en février dernier. Ce statut, motivé généralement par le dépôt de nombreux recours judiciaires injustifiés, l’empêche d’intenter un recours devant ce tribunal sans l’approbation préalable du juge en chef, mais ne lui interdit pas d’en déposer devant la Cour supérieure ou encore de déposer des plaintes criminelles privées comme celle déposée contre le gouvernement.

Comptant des dizaines de milliers de fans sur Facebook, M. Roy a récemment provoqué une scission au sein du mouvement antimasque, en accusant publiquement la Fondation pour la défense des droits et libertés du peuple et son président, Stéphane Blais, de dépenser « comme un morron » d’importantes sommes provenant de dons du public. Cette fondation a récolté plus de 470 000 $ en dons au cours de l’été pour contester les mesures sanitaires du gouvernement devant les tribunaux, mais n’a pas réussi à porter sa cause en justice après que l’avocat constitutionnaliste Guy Bertrand se fut dissocié du mouvement, en reprochant à ses leaders de tenir des « propos mensongers » qui induisent la population en erreur.

M. Roy, qui prétend que la Direction de la protection de la jeunesse est un « réseau d’enlèvement d’enfants », est aussi dans la ligne de mire du Barreau du Québec. L’ordre professionnel l’a cité à comparaître pour outrage au tribunal à la fin novembre, l’accusant de continuer de donner des avis juridiques sur Facebook alors qu’il n’est pas avocat, et lui reprochant de s’être rouvert un compte sur le réseau social alors qu’une ordonnance prononcée en juin 2019 par la Cour supérieure le lui interdisait, selon le Barreau.