Après avoir atteint Bony Jean-Pierre d’une balle de plastique à la tête lors d’une frappe antidrogue qui a mal tourné dans Montréal-Nord en mars 2016, le policier du Groupe tactique d’intervention (GTI) du SPVM, Christian Gilbert, a été le premier à porter secours à la victime.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

C’est ce qui ressort notamment du témoignage d’un autre policier entendu jeudi matin au procès de M. Gilbert, qui est accusé de l’homicide involontaire de Bony Jean-Pierre.

« Dès qu’on est descendu de notre véhicule, mon collègue et moi, on a été interpellé par l’un des deux agents du GTI. On nous a demandé d’appeler d’urgence Urgences santé pour un homme qui venait d’être atteint par une balle de caoutchouc ou le Arwen (arme intermédiaire qui a servi à tirer le projectile), je ne peux pas vous le dire à 100 %. Ça pressait. On voyait qu’il y avait une urgence dans la façon de nous interpeller », a raconté l’agent Yvon Robichaud du groupe d’intervention (GI), venu assister le GTI lors de l’opération au 6330 de la rue Arthur-Chevrier, le 31 mars 2016.

« Un agent était penché sur la victime - l’agent Gilbert a plus tard précisé le témoin. La victime avait une bonne ecchymose sur le front, du côté gauche. Un peu de sang sortait de l’ecchymose. Elle gémissait. Elle était inconsciente mais elle respirait. Elle avait un peu d’écume au niveau de la bouche »

« L’agent du GTI assistait la victime du mieux qu’il pouvait. Je l’ai vu mettre la victime sur le côté. On fait ça pour faciliter la respiration. Je lui ai dit que je m’occuperais de la victime, d’aller à l’intérieur car il y avait beaucoup de gens dans l’immeuble », a ajouté l’agent Robichaud, qui a ajouté n’avoir rien vu de ce qu’il s’est passé avant qu’il aperçoive la victime au sol.

Les pompiers premiers répondants sont arrivés en moins de trois minutes selon le témoin, la caserne étant tout près. Par la suite, Bony Jean-Pierre a été pris en charge par les techniciens paramédicaux d’Urgences santé. Rappelons qu’il est mort quatre jours plus tard à l’Hôpital du Sacré-Coeur.

Un secteur chaud

L’agent Robichaud a également raconté avoir pris part à une réunion avec les enquêteurs et le GTI, 40 minutes avant l’opération, et que la présence possible d’une arme au 6330 Arthur-Chevrier a été évoquée.

« On nous a dit que l’endroit où on allait perquisitionner était connu, qu’il y avait des gangs de rue d’allégeance rouge, une possibilité d’arme à feu à l’intérieur et de rester vigilants », a-t-il expliqué.

« Avez-vous pris des notes sur la possibilité qu’il y ait une arme à feu ? », a demandé le procureur de la Couronne, MJean-Sébastien Bussières.

« Je vais vérifier dans mon rapport… .. (il examine son rapport) Non, ce n’est pas dans mon rapport », a répondu le témoin, en assurant « que la possibilité d’arme à feu a été mentionnée, que c’était un secteur chaud, et qu’il s’agissait de gangs de rue ».

Contre-interrogé par MAnnie Lahaise de la Défense, l’agent Robichaud a décrit le secteur des rues Lapierre et Pascal, où a eu lieu l’opération, et qui a été surnommé mercredi le Bronx de Montréal-Nord par un autre témoin.

« Il ne doit pas y avoir beaucoup de policiers dans la région et qui ne le sait pas. Quand le répartiteur nous envoie dans ce secteur, il nous dit qu’il y aura deux véhicules, et il attend qu’un deuxième se libère. Des policiers se sont fait encercler. Il y a des attroupements. Ils vont demander un véhicule en renfort car les gens ne sont pas coopératifs. Les policiers vont quitter rapidement avec un individu qu’ils viennent d’arrêter », a déclaré l’agent Robichaud, ajoutant que cela n’a rien à voir avec le quartier Hochelaga-Maisonneuve, où il a travaillé durant 15 ans.

Enfin le témoin a dit que les membres du groupe d’intervention comme lui ne vont jamais sur un périmètre contrôlé par les membres du GTI « pour ne pas compromettre une opération planifiée ». « Ils (le GTI) ont déjà leur plan d’opération. Si quelqu’un veut se pousser, en aucun cas, je vais aller en avant s’ils ne s’attendent pas à ce que j’arrive, et risquer de me retrouver dans un feu croisé ou recevoir un projectile d’arme intermédiaire. Si on veut qu’une opération comme celle-là aille bien, il faut que chacun respecte son rôle », a dit le témoin.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.