Les enseignantes qui tiennent « mordicus » à porter le voile islamique devant leurs élèves font preuve d’un « intégrisme religieux » qui n’a pas sa place à l’école publique, a martelé mardi une professeure en informatique de l’Université de Montréal au procès sur la Loi sur la laïcité de l’État.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

« Pour moi, afficher des signes religieux, c’est montrer une préférence pour une religion. Ce n’est pas neutre, donc. Ça ne vient pas sans prosélytisme. Je ne m’attends pas à ce que l’école transmette des normes religieuses », a témoigné mardi Nadia El-Mabrouk, une militante prolaïcité qui a souvent pris position à ce sujet dans les médias.

Depuis lundi, des témoins du Mouvement laïque québécois, comme Mme El-Mabrouk, défilent à la barre pour défendre l’intégrité de la loi-phare du gouvernement Legault. La semaine dernière, des enseignantes voilées se disant brimées par la loi ont témoigné pour les opposants à la Loi sur la laïcité de l’État. Ceux-ci tentent de faire invalider cette loi adoptée en 2019 qui interdit entre autres aux policiers, enseignants et directeurs d’école de porter un signe religieux.

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Nadia El-Mabrouk, professeur d’informatique à l’Université de Montréal

Arrivée au Québec dans les années 90, Nadia El-Mabrouk affirme avoir vécu la montée de l’« islam intégriste » dans sa Tunisie natale. À cette époque, ses cousines ont commencé à se voiler, alors qu’elle était au début du secondaire. Elle soutient avoir « failli porter le voile », mais son père l’a dissuadé « d’embarquer dans cet intégrisme religieux ».

C’est pourquoi le port du voile religieux par les enseignantes « heurte sa sensibilité ». À ses yeux, le voile transmet la « très mauvaise image » d’un islam « sexiste ». Il est crucial que les enfants n’intègrent pas qu’il est « normal » de porter un signe religieux, et donc, de facto, que la femme est « inférieure » à l’homme.

« Le voile transmet un message que la femme doit se cacher les cheveux pour ne pas attiser le désir de l’homme. Pour moi, c’est un message insultant autant pour la femme que pour l’homme. C’est un message sexiste qui va à l’encontre des valeurs d’égalité que doit transmettre l’école », soutient Nadia El-Mabrouk.

La professeure en informatique assure ne pas être une militante « contre le port du voile », mais seulement une militante pour une école qui « respecte la neutralité religieuse ». En effet, selon elle, une école qui aurait plusieurs enseignantes voilées instaurerait un « climat religieux » susceptible de mettre de la pression sur des filles musulmanes.

« Il est important que les élèves soient protégés de tout prosélytisme religieux, de toute pression religieuse. Il faut qu’il y ait une neutralité religieuse pour éviter les tensions qu’il peut y avoir », témoigne la militante prolaïcité.

« Est-ce qu’on est en train de vouloir faire du voile islamique un modèle positif ? Non seulement on veut le permettre, mais on veut le banaliser et on veut faire du voilement des femmes un message positif ? Ça me choque », ajoute Mme El-Mabrouk.

Le procès doit durer au moins cinq semaines devant le juge Marc-André Blanchard, de la Cour supérieure du Québec. Une douzaine de groupes sont impliqués dans cette contestation judiciaire. L’essentiel du procès sera consacré aux plaidoiries des parties. Le Procureur général du Québec représente le gouvernement du Québec dans cette affaire.