Le procès d’Éric Salvail devait reprendre lundi avec les témoignages de trois nouveaux témoins, mais puisque l’ancienne vedette a renoncé à son droit de les contre-interroger, les trois déclarations ont été déposées directement en preuve.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

On entend notamment, dans ces déclarations faites à des enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), un ancien collègue d’Éric Salvail affirmer que ce dernier dépassait la limite de l’acceptable. « Oui, il a dépassé la ligne. Et non, ce n’est pas de l’humour bon enfant », a-t-il lancé.

Sans porter plainte, les trois anciens collègues de l’ex-animateur avaient tenu à raconter leur histoire aux autorités après avoir entendu ce dernier affirmer lors de son témoignage qu’il n’était pas le genre de personne à commettre les infractions reprochées. « Je n’agresse pas les gens dans la vie », avait notamment affirmé M. Salvail lors de son procès pour agression sexuelle, harcèlement criminel et séquestration à l’égard de Donald Duguay.

Les trois nouveaux témoins, dont l’identité ne peut être diffusée en vertu d’un interdit de publication, étaient attendus à la barre dès lundi matin, au palais de justice de Montréal. Ils allèguent avoir subi des commentaires, des avances ou des propositions de nature sexuelle, non sollicités, de la part de l’accusé, et ce, dans le cadre de leur travail. Mais finalement, ils n’ont pas eu à témoigner devant le juge Alexandre Dalmau, puisque l’accusé a renoncé à son droit de les contre-interroger.

Les déclarations au SPVM ont donc été déposées en preuve, avec l’accord de l’accusé de 51 ans, qui était présent par vidéoconférence lundi.

Dans l’une des déclarations, un ex-collègue affirme que les allusions sexuelles du type « j’imagine que tu as un beau pénis » étaient monnaie courante avec Éric Salvail et qu’il lançait ses remarques souvent devant d’autres personnes, un peu comme s’il « donnait un show ». Même s’il trouvait ça « agaçant », il a confié aux agents du SPVM qu’il ne se sentait pas « agressé » par les nombreux commentaires.

Sauf qu’à un moment, selon lui, Éric Salvail serait allé trop loin. L’ex-vedette serait rentrée dans son bureau, pendant qu’il parlait au téléphone, et il l’aurait « saisi par en arrière » pour se frotter contre lui. « Là, ç’a été trop pour moi, j’ai déposé le téléphone, je me suis viré et je l’ai poussé. Violemment », a-t-il témoigné en affirmant qu’il aurait ensuite lancé à l’accusé : « Lâche-moi, grosse crisse de guédaille, ça va faire ! Je travaille. Tu me déranges. »

En ce qui concerne le deuxième témoin, il a notamment raconté aux policiers un évènement au cours duquel Éric Salvail, avec qui il travaillait sur une émission de TVA, aurait eu des gestes déplacés, un soir, alors qu’il croyait être seul à l’étage où il travaillait.

Sans crier gare, l’animateur serait apparu près de lui et aurait mis sa main dans ses sous-vêtements. « C’est une main qui glisse sur ma craque de fesse et qui se rend à mes testicules. Il a le temps de faire ça, avant que je le repousse. Ça dure deux secondes », a témoigné l’homme, qui connaissait peu le chroniqueur à cette époque. Ce geste l’a « dérouté » et mis « mal à l’aise ». L’ancien animateur lui aurait ensuite exhibé son pénis.

Le troisième témoin a quant à lui raconté qu’il a travaillé sur plusieurs contrats avec Éric Salvail et que ce dernier a même été son employeur lorsqu’il travaillait sur une émission télévisuelle à V. Il avance que l’animateur a eu de nombreux comportements inappropriés à son égard, comme s’asseoir en califourchon sur lui ou mettre sa langue dans son oreille.

« J’avais pris l’habitude de lui donner des coups dans les côtes avec deux doigts. Évidemment, il me lâchait. Je lui disais : ‟Je te l’ai dit, Salvail, chaque fois que tu vas dépasser la ligne, ça va faire mal.” Il recommençait le lendemain, pis le lendemain. »

Il a décidé de témoigner, sans porter plainte, parce qu’il n’a pas aimé que M. Salvail minimise ses comportements. « Ce n’est pas vrai qu’il est blanc comme neige. Il a un côté exhibitionniste. C’est de la grossière indécence. Si je faisais les mêmes offres à une femme, c’est sûr que je n’aurais plus d’emploi. »

Puisque la preuve est maintenant close, la prochaine étape sera les plaidoiries. Mercredi matin, l’avocat de la défense, MMichel Massicotte, devrait commencer la sienne au palais de justice de Montréal. La procureure de la Couronne, MAmélie Rivard, devrait suivre jeudi.