(Val-d’Or) La juge Denise Descôteaux, de Val-d’Or, poursuivait son témoignage jeudi, devant le comité d’examen du Conseil de la magistrature du Québec.

Michel Ducas, Initiative de journalisme local
La Presse Canadienne

La juge fait l’objet de plaintes de la part de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Autant la DPJ que le DPCP reprochent à la juge Descôteaux son ton parfois méprisant envers certains intervenants, le fait qu’elle interrompe des procureurs pendant leurs plaidoiries et leurs interrogatoires, des fautes, selon les plaintes déposées, indignes de sa fonction de juge.

Depuis mercredi, la juge Descôteaux est interrogée par son avocat, Me Raymond Doray. Me Doray a épluché une à une les procédures judiciaires où des paroles et des gestes sont reprochés à la juge, des paroles et des gestes présumés contraires au code de déontologie de la Magistrature.

« J’en suis fière »

Interrogée sur un dossier spécifique de garde d’enfant, dans lequel on lui reprochait un manque de sérénité et de retenue dans ses propos, la juge a mentionné qu’elle faisait des pieds et des mains pour arriver en cour bien préparée. « Arriver pas prête sur le banc, c’est le pire outrage qu’on pourrait faire à un enfant », a-t-elle tranché.

Puis, quand son avocat a évoqué son ton méprisant, elle a répété ce qu’elle avait dit la veille : « Je m’excuse, mais c’est mon ton. C’est ma voix normale. Je suis consciente que mon ton pourrait faire peur à des enfants, et à ce moment-là, j’essaie de m’ajuster. »

Dans un autre dossier, un dossier de garde d’enfant impliquant un père et son bébé, la juge s’est montrée plus cinglante et plus critique envers la DPJ.

« Mon mandat, c’est de faire appliquer la Loi. Je suis allée dans les intérêts du bébé. À un moment donné, j’avais l’impression qu’on me disait : asseyez-vous, écoutez-nous, et on va vous cacher certaines choses. J’ai creusé la vérité, J’ai utilisé mon pouvoir d’enquête, et le père a récupéré son enfant. En rétrospective, j’en suis fière. »

Dans ce cas aussi, il a été question du ton employé par la juge Descôteaux. « Mon ton, il s’expliquait facilement. Lors des procédures, il y avait des choses contraires à la loi qui se déroulaient devant moi. Et ça, c’est une chose. Vous pouvez me reprocher mon ton, mais il y a des choses que je n’accepterai jamais. »

La juge Descôteaux maintient qu’elle n’a pas de parti pris pour ou contre la DPJ. « Quand j’arrive sur le banc, je suis préparée, j’ai lu mes dossiers la veille, explique-t-elle. Avec mon expérience, et avec les documents qui me sont fournis, je peux anticiper comment vont se passer les procédures. La plupart du temps, j’ai beaucoup plus de documents de la DPJ que de la Défense. Ce n’est pas du parti pris, j’arrive bien préparée. »

Contre-interrogatoire

Après que Me Doray a terminé son interrogatoire, c’était au tour de l’accusation d’interroger la juge Descôteaux.

Me Gérald Soulière est revenu sur une procédure impliquant la juge et un intervenant de la DPJ, qui, selon elle, soufflait les réponses à un adolescent de douze ans concernant les droits de visite de sa mère.

« Aurait-il été plus approprié de lui demander (à l’intervenant) de se tasser ? Est-ce que je devais laisser l’intervenant continuer d’influencer le témoignage du garçon ? » a répondu la juge, avouant par la suite qu’avec l’expérience, elle aurait peut-être agi autrement.

Les audiences se poursuivent vendredi, à Montréal, et en visioconférence à Québec, où deux membres du comité suivent les audiences.