Des témoignages entendus mercredi devant la Régie des alcools, des courses et des jeux ont fait bondir l’homme fort Hugo Girard qui a tenu à remettre les pendules à l’heure.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Entretemps toutefois, l’entreprise BMR, pour laquelle Hugo Girard est ambassadeur depuis 10 ans, a suspendu temporairement sa relation d’affaires avec l’homme fort en attendant que « la lumière soit faite sur la situation ».

Durant l’audience de New Era Fighting & Promotion dont le président, Yan Pellerin, tente d’obtenir des permis pour organiser des combats de boxe, un enquêteur civil de la Sûreté du Québec a fait des liens entre Hugo Girard, ex-investisseur dans New Era, et des membres ou proches des Hells Angels.

Le témoin a notamment dit que le Hells Angels Claude Pépin, alias Ninja, et un ancien membre des Jokers, défunt club-école des Hells Angels, Luc Gauthier, ont opéré une école de boxe, Pro Boxe, à la même adresse qu’Hugo Gym, appartenant à l’homme fort et ancien policier de Gatineau.

« C’est parce que dans un article j’ai lu son surnom que j’ai su qui est Claude Pépin », a lancé Hugo Girard.

« Pro Boxe avait pignon sur rue au 693 Saint-Jacques à Saint-Jean-sur-Richelieu, qui est un complexe commercial de cinq ou six locaux. Moi, je suis au 685 Saint-Jacques, la bâtisse à côté qui m’appartient. D’aucune façon, Pro Boxe a opéré à l’intérieur de mon établissement et les personnes identifiées ont agi comme entraîneurs à l’intérieur de mon bâtiment », s’est défendu Hugo Girard, selon qui Pro Boxe a garé une fourgonnette qui lui servait d’enseigne près du poteau annonçant Hugo Gym, sans plus.

Hugo Girard a dit à La Presse avoir ensuite acheté de Luc Gauthier l’équipement de Pro Boxe, sacs, tapis et autres, et non pas son fonds de commerce, pour avoir sa propre école de boxe à l’intérieur de ses locaux et « pour les éloigner ».

Une deuxième chance

Le gérant chez Hugo Gym est un certain Daniel Fontaine, arrêté en 2016 et condamné à la suite de la découverte d’une importante quantité de stéroïdes.

Mercredi, un expert de la Sûreté du Québec, Alain Belleau, a raconté que Fontaine avait encore, jusqu’à tout récemment, des contacts avec des relations des Hells Angels condamnées pour trafic de stupéfiants.

« À l’époque Daniel Fontaine était mon associé. Il est arrivé un événement, il a commis un délit pour lequel il s’est fait arrêter. Par la suite, j’ai racheté ses parts mais je l’ai gardé comme employé. Il a payé sa dette en ce qui me concerne. Tout le monde a droit à une deuxième chance. Au niveau professionnel, je n’ai pas un mot à dire. Ce qui est arrivé à l’époque, je n’étais pas au courant et d’ailleurs, lorsque les policiers sont venus au gym, il n’y avait absolument rien car il ne se passait rien ici. À part au travail, je ne fréquente pas Daniel Fontaine », a-t-il expliqué.

Lorsque La Presse a demandé à Hugo Girard s’il avait l’intention de garder Daniel Fontaine et sa sœur, Annie, présidente de Hugo Gym, Hugo Girard a dit qu’une « réflexion ou un serrage de vis » s’imposerait au minimum, sans préciser davantage sa pensée.

Ni de près, ni de loin

« Je ne fréquente aucun Hells Angels et je n’ai pas de contact avec eux, ni de près, ni de loin. Je ne cautionne aucunement les criminels. Je n’en ai pas dans mes amis, je ne fais pas de BBQ avec eux et si je les croise, c’est inopportun. Par contre, dans notre société, il y a des criminels. Par la force des choses, ces gens-là ont le droit de se promener, de faire des activités, d’aller au hockey, de voir des spectacles, et ce n’est pas nécessairement écrit dans leur front s’ils ne sont pas identifiés », a dit celui qui a été policier à Gatineau durant 13 ans.

« J’ai passé ma vie à faire attention à ça et j’opère un centre d’entraînement. C’est difficile pour moi de contrôler ce que mes membres font dans la vie ou à l’extérieur de leur travail. Je ne les connais pas tous. Si une personne est reliée au crime organisé, je n’ai pas le pouvoir d’agir si elle est en liberté », a ajouté M. Girard.

Ce dernier affirme qu’il n’a jamais été rencontré ou enquêté par la police. « Je n’ai pas de contact avec elle car je suis un citoyen modèle », a-t-il clamé.

Il affirme s’être retiré de New Era Fighting il y a deux semaines environ, en raison d’un article qui l’aurait erronément associé à un individu. « Cet article a créé un tollé et je ne voulais pas de trouble. Ma motivation était de faire la promotion et de développer le volet amateur de la boxe, et surtout de travailler auprès des jeunes », a dit Hugo Girard.

Les informations publiées depuis mercredi ont déjà commencé à avoir un impact sur les affaires d’Hugo Girard.

BMR a décidé de suspendre temporairement le lien d’affaires existe avec son ambassadeur.

« Nous avons en effet pris connaissance des allégations énoncées par les médias hier soir. Dans un tel contexte, nous avons pris la décision de mettre temporairement en pause nos relations d’affaires avec Hugo Girard, jusqu’à ce que toute la lumière soit faite sur la situation. D’ici là, nous n’émettrons aucun commentaire supplémentaire afin de ne pas nuire au processus en cours », a déclaré la porte-parole de l’entreprise, Julie Crevier, par voie de communiqué.

Pour joindre Daniel Renaud, composez-le (514) 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.