L’ancien numéro deux de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a commis de « graves » manquements éthiques en investissant 3 millions de dollars dans des condos commerciaux sans prévenir le gouvernement. Il a alors choisi de démissionner pour éviter d’être destitué, a témoigné lundi l’ancien premier fonctionnaire du gouvernement Couillard.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

André Fortier, le représentant du gouvernement du Québec dans ce procès civil aux nombreux rebondissements, a donné lundi une version aux antipodes de celle de l’ancien commissaire adjoint Marcel Forget sur les circonstances de son départ de l’UPAC, le 30 novembre 2017.

Un récit qui a fait bondir le policier déchu en toute fin de journée. « Votre honneur, je suis tellement choqué d’entendre ça ! Je suis outré », a lâché Marcel Forget en contre-preuve. L'ex-dirigeant de l’UPAC réclame plus de deux millions de dollars à l’État pour son « congédiement déguisé » survenu pour des « raisons » politiques ».

Or, le départ de Marcel Forget est plutôt lié à ses investissements dans des condos haut de gamme au centre-ville de Montréal, selon le mandarin André Fortier. Alors qu’il était le grand responsable de la vérification de l’intégrité des entreprises au sein de l’UPAC, Marcel Forget avait investi 3 millions de dollars dans 12 condos commerciaux destinés à une riche clientèle, selon André Fortier, qui était secrétaire général associé aux emplois supérieurs à l’époque.

« C’est quand même un niveau d’endettement important. S’il a un revers de fortune, il se rend vulnérable à des pressions de la part de tiers », a analysé le témoin-clé du Procureur général. Surtout, Marcel Forget n’avait pas informé le gouvernement de ce possible conflit d’intérêts, ce qu’il aurait dû faire en vertu de son Code d’éthique, ajoute le haut fonctionnaire.

Pour Québec, le dirigeant de l’UPAC devait absolument se départir de ses investissements. Or, Marcel Forget aurait refusé de le faire lors de deux rencontres. André Fortier le prévient : « Je vais recommander aux autorités de vous destituer », lance-t-il. Le haut fonctionnaire lui suggère alors de démissionner pour éviter la destitution.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Marcel Forget.

Le lendemain matin, une nouvelle manchette du Journal de Montréal visant Marcel Forget précipite les évènements. André Fortier reçoit alors un courriel du cabinet du premier ministre lui indiquant que le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux « n’entend pas défendre » le commissaire adjoint de l’UPAC. « Le ministre est favorable à un décret de destitution », témoigne André Fortier.

Au téléphone, le mandarin du gouvernement informe le numéro 2 de l’UPAC que les procédures de destitution seront bientôt enclenchées. « Si vous voulez éviter la destitution, ce serait la démission, qui a une portée moins grave », lui suggère-t-il.

« Il me dit : "D’accord, M. Fortier. Je comprends. Je suis prêt à envisager la démission. Est-ce que je peux en parler à Robert Lafrenière avant ?" », témoigne le haut fonctionnaire. Un peu plus tard, le commissaire de l’UPAC aurait rappelé André Fortier pour lui dire que Marcel Forget confirmait sa démission, selon le témoin.

C’est un récit diamétralement différent de celui rapporté avec émotion par Marcel Forget la semaine dernière. L’ex-numéro 2 de l’UPAC avait témoigné avoir été menacé et intimidé par André Fortier. « Vous avez trois minutes pour démissionner. Le ministre [Martin Coiteux] s’en va en point de presse. Et si vous ne démissionnez pas, on vous congédie ! », a raconté Marcel Forget.

Selon le camp Forget, le gouvernement Couillard s’en est pris au policier pour des « raisons politiques » dans la foulée des arrestations explosives d’ex-ministres libéraux et du député Guy Ouellette par l’UPAC. Une série d’articles dans le Journal de Montréal sur ses investissements antérieurs dans Newtech et dans des condos commerciaux aurait ainsi servi de prétexte pour le mettre à la porte.

Lundi dans une contre-preuve éclair, Marcel Forget a martelé ne « jamais » s’être fait proposer de se départir de ses condos pour conserver son emploi. « Pensez-vous un seul instant que j’aurais mis de côté un travail que j’adore, alors que j’ai la possibilité de me retirer à tout moment [de mes investissements] ? », a-t-il conclu.

Les plaidoiries auront lieu mardi pour le dernier jour du procès.