Une Montréalaise qui a tué sa mère en la poignardant dans le dos pendant un épisode de psychose en 2018 a été condamnée à une peine moindre en raison de sa maladie mentale. Croyant qu’une « organisation » voulait sa tête, Meng Ye avait acheté de l’essence pour incendier l’appartement de sa mère.

Louis-Samuel Perron
Louis-Samuel Perron La Presse

La femme de 36 ans souffrant de schizophrénie a écopé mercredi d’une peine de six ans et six mois d’emprisonnement, dont il reste environ deux ans et demi à purger en tenant compte de la détention préventive. Le juge Marc-André Blanchard a ainsi rejeté fermement la suggestion de la Couronne d’imposer de 12 à 14 ans de prison à l’accusée.

« Il n’y a aucun doute que sa culpabilité morale est diminuée par son état mental au moment du crime », a conclu le juge, qui a également relevé comme facteurs atténuants ses remords sincères et son absence de préméditation. Accusée du meurtre au premier degré de sa mère Yun Yu, Meng Ye avait plaidé coupable à une accusation moindre d’homicide involontaire en juin dernier.

Il est « sans équivoque » que la santé mentale de Meng Ye a « joué un rôle » dans cette affaire, estime le juge. Selon la psychiatre Jocelyne Brault, l’accusée était alors dans un « épisode psychotique qui pouvait altérer son contact avec la réalité ». Sa condition s’est depuis stabilisée.

Notons cependant que Meng Ye a renoncé à faire valoir une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux. Au moment de plaider coupable, elle a reconnu que sa maladie ne l’avait pas empêchée de réaliser que ses gestes étaient « mauvais » (wrong).

Menacée par une « organisation »

Quelques mois avant le drame, Meng Ye a commencé à croire qu’une « organisation » planifiait de tuer sa mère et sa fille devant elle, puis de la rendre sourde et aveugle. L’accusée s’est alors acheté un pistolet à impulsion électrique (taser) et des grenades fumigènes. Elle a ensuite installé des caméras de surveillance pour épier sa mère en tout temps.

En janvier 2018, les policiers sont intervenus à l’appartement de sa mère, parce que la femme de 61 ans avait été poussée et menacée par sa fille. Celle-ci aurait d’ailleurs tenté de poignarder sa mère au cours de cette période.

Convaincue qu’on s’apprêtait à la tuer, Meng Ye a acheté de l’essence à une station-service et a conservé les contenants dans l’appartement de sa mère. Elle envisageait alors d’incendier le logement pour prendre la fuite pendant une attaque de l’« organisation ». Elle a aussi fait les recherches suivantes sur l’internet : « Est-ce que l’essence s’évapore ? » et « Comment se débarrasser de l’odeur d’essence ? »

Une chicane a finalement éclaté lorsque la victime a découvert l’essence en fin de soirée. C’est dans ce contexte que Meng Ye a poignardé sa mère dans le dos. Elle a admis son crime au 911 et a expliqué être « devenue fâchée », alors que sa mère lui avait « tombé sur les nerfs ». L’accusée avait écrit à des amis en soirée qu’elle « détestait » sa mère.

L’accusée est défendue par MMarie-Hélène Giroux et MClaude Berlinguette-Auger, alors que MCamille Boucher et MJasmine Guillaume représentent le ministère public.