Mario Blais, membre des Red Devils, club-école des Hells Angels, et un autre individu, Frank Bernier, ont été accusés en mai d’extorsion envers le propriétaire d’une entreprise de Montréal spécialisée dans le prêt d’argent.

Daniel Renaud
Daniel Renaud La Presse

L’affaire est passée inaperçue le printemps dernier, mais un document judiciaire que La Presse a obtenu donne des détails sur les circonstances entourant le crime qu’auraient commis les deux accusés, qui ont été filmés et enregistrés par leur victime présumée.

L’affaire commence lorsque l’entreprise de cet homme obtient gain de cause en Cour supérieure contre une société à numéro de Québec pour non-paiement de créances totalisant 6,5 millions de dollars. Il y a d’autres créanciers, dont une entreprise de construction de Québec impliquée dans un ensemble résidentiel. La Cour statue que le remboursement des créances devra notamment s’effectuer grâce à la vente d’un immeuble sur le boulevard Wilfrid-Hamel, dans la Vieille Capitale.

Le 12 mars dernier, prétextant avoir un intérêt dans cet immeuble, Frank Bernier obtient un rendez-vous avec le propriétaire de l’entreprise de prêt d’argent, dont les bureaux sont situés sur le chemin Queen-Mary, à Montréal.

Ayant toutefois un mauvais pressentiment, le propriétaire fait installer précipitamment une caméra dans la salle de conférence de son entreprise avant la rencontre.

Sa veste comme carte professionnelle

Frank Bernier et Mario Blais se présentent alors dans la salle de conférence. Immédiatement, Blais aperçoit la caméra et la montre à Bernier. Celui-ci place un mouchoir de façon à obstruer la lentille, mais la caméra continue d’enregistrer les voix.

Bernier fait alors une offre de règlement à 3 millions, mais son interlocuteur refuse, jugeant cette somme trop éloignée de la somme due, peut-on lire dans le document judiciaire.

Il indique, en désignant Blais, que son compagnon est son client.

« Tu n’as pas chaud ? », demande Bernier au propriétaire de l’entreprise de prêt avant de se tourner vers Blais et de demander à ce dernier d’enlever son manteau. Blais s’exécute et exhibe sa veste des Red Devils.

« Ça, c’est sa carte d’affaires », dit Bernier.

« C’est quoi ça ? », demande l’autre. « Tu ne sais pas c’est quoi, ça ? T’as pas compris ? », répond Bernier.

« Vous ne prenez pas l’offre ? », demande Blais. « Non », répond l’autre. « Tu n’es pas peureux, mon ami », renchérit alors Bernier.

Après une discussion d’une quinzaine de minutes, les deux individus quittent les lieux. Le lendemain, l’homme d’affaires porte plainte dans un poste de quartier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Son adresse personnelle

Environ deux semaines plus tard, le propriétaire de l’entreprise de construction de Québec également créancière dans ce dossier aurait reçu des messages de Bernier, dont un message texte contenant son adresse personnelle.

« C pas dur à trouver », a répondu le propriétaire de l’entreprise de construction.

« Je me suis trompé de correspondance, dsl », lui aurait répondu Bernier.

Selon l’expert des motards au SPVM Érick Monfette, Blais est membre de la section South Side des Red Devils de la région de Québec, proche des Hells Angels de Québec. Il a été autrefois membre des Dark Souls.

Blais, 54 ans, et Bernier, 50 ans, tous deux de Québec, ont comparu au palais de justice de Montréal le 21 mai et ont été libérés moyennant des cautions respectives de 1000 $ et 10 000 $. Ils ne doivent pas posséder d’arme. La cause a été reportée au mois prochain.

L’enquête est menée par la division du crime organisé du SPVM.

Les informations contenues dans cet article proviennent d’un document judiciaire qui n’a pas encore été testé devant les tribunaux.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.