Accusé d’avoir tenté de tuer un homme à la sortie d’un bar du Vieux-Montréal il y a dix jours, le mafioso Nicola Spagnolo a été libéré sous conditions mercredi matin, à la suite d’une entente entre la poursuite et la défense.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Spagnolo, 45 ans, devra verser un dépôt de 25 000 $ et une tierce personne, Gino Mangione, devra engager une somme supplémentaire de 25 000 $.

Nicola Spagnolo devra également demeurer à sa résidence de Laval, respecter un couvre-feu entre 22 h et 6 h, demeurer au Québec, remettre son passeport, ne pas communiquer directement ou indirectement avec la victime (dont l’identité est protégée par un interdit de publication), ne pas être à moins de 200 mètres de cette dernière, ne pas consommer de drogue, ne pas fréquenter les établissements licenciés et les restaurants où de l’alcool est servi – et ne même pas consommer d’alcool lors d’un repas dans ces établissements – et, enfin, ne posséder aucune arme offensive, y compris un couteau.

L’avocate de Spagnolo, MDanièle Roy, a déclaré à la juge Mélanie Hébert de la Cour du Québec que les conditions ont été soumises mardi soir à son client, qui les a toutes approuvées sauf une, faisant ainsi en sorte que Spagnolo aura le droit de consommer de l’alcool à la maison.

Nicola Spagnolo, qui est en prison depuis son arrestation il y a six jours, a été placé en isolement dans une cellule d’où il ne peut pas sortir, sauf pour ses comparutions en visioconférence, en raison des mesures sanitaires mises en place pour lutter contre la propagation de la COVID-19.

« Je ne pouvais même pas le rencontrer », s’est plainte MRoy.

Vêtu d’une chemise bleu pâle à manches courtes, affichant une barbe de quelques jours, Nicola Spagnolo est apparu radieux sur les images en direct projetées sur les écrans dans la salle d’audience.

Un membre de la famille Rizzuto, accompagné d’un homme et d’une femme, s’est déplacé au palais de justice, vraisemblablement pour cette cause.

Celle-ci a été reportée au 25 septembre prochain, pour la forme, et l’accusé n’a pas besoin d’être présent.

Un individu reconnu coupable de voies de faits graves est passible d’une peine maximale de 14 ans d’emprisonnement.

La poursuite est représentée par MMatthew Ferguson.

Victime peu coopérative

Outre un chef de tentative de meurtre, Spagnolo est accusé de voies de fait graves.

Les actes reprochés seraient survenus vers 2 h 15 le 2 août, à l’angle des rues Notre-Dame et Saint-François-Xavier.

Un appel a été fait au 911 pour un homme poignardé. Lorsque les patrouilleurs sont arrivés, ils ont localisé la victime grièvement blessée à l’abdomen et au flanc, selon nos informations.

L’homme de 27 ans était conscient lors de son transport à l’hôpital et n’aurait pas voulu collaborer avec la police. Il n’est pas connu des policiers et l’affaire n’aurait rien à voir avec le crime organisé.

Tout indique que ce sont différentes techniques d’enquête, notamment le visionnement de vidéos tournées par des caméras de surveillance dans des commerces ou sur des rues du secteur, qui ont permis aux enquêteurs de la région sud du SPVM d’identifier Spagnolo et de l’arrêter quatre jours après l’agression.

Spagnolo a été appréhendé à Laval par les membres du Groupe tactique d’intervention (GTI) du SPVM.

Associé aux Rizzuto

La police associe Spagnolo au clan sicilien de la mafia montréalaise. Il est le fils de Vincenzo Spagnolo, assassiné dans l’entrée de sa résidence de Laval en octobre 2016.

Certaines informations judiciaires veulent que ce soit Nicola qui était visé ce soir-là, mais que le meurtrier se soit trompé de cible. Cette théorie n’a pas été démontrée et le meurtre n’a pas encore été résolu.

Vincenzo Spagnolo était un grand ami et l’homme de confiance de Vito Rizzuto, défunt parrain de la mafia montréalaise décédé de façon naturelle en décembre 2013.

Les noms de famille Rizzuto et Spagnolo sont étroitement associés depuis des décennies.

Durant l’enquête Magot-Mastiff par laquelle la Sûreté du Québec a décapité en novembre 2015 une alliance mafia-motards-gang qui dirigeait le crime organisé montréalais, la police considérait Spagnolo comme un membre de la table de direction de la mafia siégeant entre autres aux côtés du fils cadet de Vito Rizzuto, Leonardo, et de Stefano Sollecito.

Ces derniers mois, Nicola Spagnolo aurait été observé en compagnie de membres influents des Hells Angels.

En avril 2013, Nicola Spagnolo a été condamné à neuf mois de prison pour une affaire de possession d’arme à feu. Il a également des antécédents en matière de conduite avec les facultés affaiblies.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.