« S’asseoir sur un banc de parc ne devrait pas être une activité dangereuse », tranche le juge Dennis Galiatsatos. Un sexagénaire qui dînait dans un parc de Montréal a en effet été victime d’une attaque « gratuite » et « brutale », il y a trois ans. Tout ça pour une simple cigarette. En condamnant l’assaillant à 14 mois de prison, le juge lance un plaidoyer pour le droit à la quiétude dans les parcs publics.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Le Tribunal doit envoyer un message ferme que les citoyens (âgés ou non) ont le droit d’utiliser un parc public sans avoir peur d’être accostés, volés ou attaqués. Les brutes ne doivent pas être permis de mettre en place une atmosphère d’intimidation et de harcèlement dans les espaces publics », soutient le juge dans sa décision du 22 juillet.

Juin 2017. Abdullahi Sulei dîne au parc Kent (renommé Martin-Luther-King), dans le quartier Côte-des-Neiges. L’homme de 63 ans remarque alors depuis quelques semaines un jeune homme de 25 ans – l’accusé, Ryan Giraud – quêtant des cigarettes dans le parc.

S’il lui offre une cigarette sans rien dire la première fois, M. Sulei sermonne le jeune homme à la deuxième occasion en lui disant qu’il est assez jeune pour être son petit-fils et qu’il devrait se trouver un emploi pour se payer ses cigarettes.

Le 7 juin 2017, M. Sulei tente d’éviter le jeune homme dans le parc. Ryan Giraud s’approche et lui demande une cigarette. Le sexagénaire accepte avec hésitation. L’accusé demande ensuite une autre cigarette, mais M. Sulei refuse. « Laisse-moi tranquille », répond-il.

Agressif, Ryan Giraud empoigne l’homme vulnérable et déchire sa chemise. Lorsque la victime se penche pour ramasser son téléphone, l’accusé le frappe violemment sur le côté de la tête avec un objet non identifié. Un coup gratuit de type suckerpunch, selon le juge. La victime a une profonde entaille près de son oreille. Le coup est si violent que son chapeau est troué par l’objet. L’assaillant fuit la scène.

L’homme de 28 ans a été déclaré coupable de deux chefs d’accusation d’agression armée en novembre 2019. Il a porté en appel tant le verdict de culpabilité que la décision sur la peine.

Le procureur de la Couronne, MJean-Christofe Ardeneus, réclamait 18 mois en raison de la gratuité de l’attaque et de l’absence de provocation, alors que l’avocate de la défense, MSharon Sandiford, demandait une probation de deux ans et des travaux communautaires.

Culpabilité morale élevée

Aux yeux du juge, la culpabilité morale de Ryan Giraud est très élevée. Seule la chance a permis à la victime de ne pas subir de graves blessures. « C’était un geste brutal et insensé commis pour quelque chose d’aussi trivial qu’une cigarette », soutient-il.

Même si la victime n’était pas un vieillard à l’époque, la disparité de force physique entre les deux hommes était « évidente », ajoute le juge. L’assaillant était en effet un homme de six pieds dans la vingtaine, alors que la victime était un frêle sexagénaire.

« Cibler une telle victime est cruel et choquant pour la communauté. […] Les facteurs aggravants sont nombreux. Sa conduite est lâche, répugnante et inacceptable », poursuit le juge.

Le juge n’a relevé aucun facteur atténuant en faveur de l’accusé, surtout que celui-ci a commis une autre agression dans le métro de Montréal en attente de son procès.