Un « cadre intermédiaire » d’un réseau de fraudeurs spécialisés dans les vols d’identité a écopé d’un an de prison à domicile en raison de sa bonne réhabilitation et de son faible risque de récidive. Si ses complices ont échappé à la justice grâce à l’arrêt Jordan, la tête dirigeante du stratagème est en fuite depuis trois ans.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

« Les infractions reliées au vol d’identité doivent être punies sérieusement puisqu’elles sont un fléau causant des torts importants aux victimes et à la société en général », a affirmé la juge Suzanne Costom, dans sa décision du 7 juillet dernier.

Dimitri Tchouta Koko faisait partie d’un réseau de fraudeurs démantelé en 2016 dans le projet Fausseté du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Dirigé par le fugitif Lenaic Tchatchoua, le réseau envoyait de faux courriels de masse pour obtenir les informations bancaires des victimes.

Les fraudeurs se servaient ensuite de ces informations pour accéder aux comptes bancaires des victimes, faire des transferts, obtenir de nouvelles cartes, faire des changements d’adresse et ouvrir des marges de crédit, selon le résumé des faits.

Comme cadre intermédiaire, Dimitri Tchouta Koko n’était « ni la tête dirigeante ni le bras droit de M. Tchatchoua, mais [il] avait des responsabilités qui dépassent celles d’un simple exécutant, courrier ou “runner” », souligne la décision. Le Montréalais de 33 ans a échangé de nombreux messages avec le leader à l’automne 2014.

Les policiers ont découvert dans ses ordinateurs un programme pour cloner des cartes de crédit, des bases de données nominatives sur différentes cartes de crédit, des renseignements confidentiels sur des profils de cartes de crédit et 740 numéros de cartes bancaires différents. Les experts ont pu lier l’accusé à 14 victimes.

Un état « très faible et vulnérable »

Dimitri Tchouta Koko a plaidé coupable cet hiver à trois chefs d’accusation reliées à des fraudes bancaires et des vols d’identité.

MDenis Trottier, procureur de la Couronne, demandait huit mois de détention ferme, contre huit mois dans la collectivité pour MMarc Giroux, de la défense. Un rapport présentenciel favorable à l’accusé a convaincu la juge de condamner le fraudeur à 12 mois avec sursis. Il est ainsi assigné à résidence pendant les six premiers mois et doit ensuite respecter un couvre-feu.

Dimitri Tchouta Koko était dans un état « très faible et vulnérable », lorsqu’il a été recruté par le réseau, selon le rapport. « Il aurait eu besoin de soins à l’époque », estime son agente de probation. Depuis, il s’est repris en main et affiche un faible risque de récidive. Des éléments retenus par la juge pour lui imposer une peine de prison à domicile.

Les coaccusés Christopher Bakaly Zinga, Zakaria Benaida, Karl Nasri et Stéphane Dan Kadobeye ont obtenu un arrêt du processus judiciaire pour délais déraisonnables en 2018 en vertu de l’arrêt Jordan.

Le leader du groupe, Lenaic Tchatchoua, est recherché par la police depuis avril 2017. Il risque une peine de pénitencier s’il est reconnu coupable. Le SPVM invite toute personne qui possède de l’information sur sa localisation à composer le 911.

Lenaic Tchatchoua mesure 190 cm (6 pi 2 po), pèse 100 kilos (220 lb) et a les yeux bruns. Il a des tatouages d’ange et d’arbres sur le bras gauche.