Il a déjà pris en otage un enfant avec une arme à feu, volé un camion pour s’évader du pénitencier et tiré sur trois innocents, dont deux atteints à la tête qui ont miraculeusement survécu. Récidiviste violent jugé irrécupérable, Jacques Bolduc vient d’être condamné à une rarissime peine de détention à durée indéterminée, réservée aux pires criminels au pays.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Tentatives de meurtre, vols à main armée, séquestrations : les crimes commis par Jacques Bolduc depuis 40 ans sont d’une violence inouïe. Son comportement est si « brutal » et son risque de récidive violente si élevé que la juge France Charbonneau l’a récemment déclaré délinquant dangereux, avec de très minces possibilités de sortir un jour de prison, où il a déjà passé 35 années de sa vie.

L’homme de 59 ans est passé à deux doigts de tuer deux innocents en février 2017. Ce soir-là, il a surpris « sournoisement » sa première victime, Yves Corbeil, à la sortie d’un dépanneur de la rue Sainte-Catherine. Il a brandi son arme à feu vers l’homme et lui a réclamé son téléphone et ses clés. Croyant que l’arme était un jouet, la victime a repoussé l’assaillant. Jacques Bolduc lui a tiré dans le cœur.

« Si M. Corbeil est toujours en vie, c’est parce que son heure n’était pas venue et que cela relève du pur miracle », résume la juge Charbonneau dans sa décision avec motifs du 3 juillet. Plongé longuement dans le coma et très gravement blessé, Yves Corbeil a gardé des séquelles permanentes de cette attaque « sauvage ».

Mais la folie meurtrière de Jacques Bolduc n’était pas terminée. Le lendemain, il a exhibé son arme à feu à la caissière d’un dépanneur de la Place Frontenac, rue Ontario. Encore une fois, la victime ne l’a pas pris au sérieux. Jacques Bolduc l’a alors visée en plein visage. Gravement blessée au cou, Wei Xie a perdu une grande partie de sa sensibilité au visage et demeure « traumatisée à tout jamais ».

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Gravement blessée au cou, Wei Xie a perdu une grande partie de sa sensibilité au visage et demeure « traumatisée à tout jamais ».

Jacques Bolduc n’en était pas à ses premiers crimes violents. En 1979, il a tiré trois balles dans la tête d’un chauffeur de taxi, qui a néanmoins survécu. Deux ans plus tard, au pénitencier, il s’est emparé d’un véhicule avec une arme artisanale, puis a enfoncé une clôture de sécurité. En semi-liberté, en 1986, il a séquestré une famille de cinq personnes, dont un enfant, dans une maison et a fait feu à deux reprises pour les effrayer.

Les spécialistes sont sans équivoque : Jacques Bolduc est à haut risque de récidive violente. Un avis partagé même par l’expert de la défense. Selon le psychiatre de la poursuite, le DLouis Morissette, le délinquant présente un trouble de la personnalité antisociale avec traits narcissiques et possiblement des traits limites. Il ne souffre d’aucune maladie mentale et n’est pas psychopathe.

L’avocate de la défense, MMarie-Hélène Giroux, ne s’est pas opposé à la demande de la procureure, MNadine Haviernick, de déclarer Jacques Bolduc délinquant dangereux et de le condamner à une peine à durée indéterminée.