Le Hells Angels Claude Gauthier a échoué mardi à faire exclure de la preuve une série de conversations à peine audibles interceptées par la police dans le cadre de son procès pour gangstérisme, complot et trafic de stupéfiants. Seuls quatre extraits étaient si inaudibles ou impertinents qu’ils ont été exclus par le juge Alexandre St-Onge.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Le motard de 52 ans a été arrêté en avril 2019 dans le projet Orque de la Sûreté du Québec. Il est le seul parmi la trentaine d’individus accusés à ne pas avoir plaidé coupable et avoir été condamné. Selon la théorie de la poursuite, Claude Gauthier était propriétaire d’un territoire de vente de stupéfiants et recevait une redevance à ce titre entre mai 2018 et janvier 2019.

Son procès s’est amorcé le mois dernier au palais de justice de Montréal par un débat sur une requête de la défense contestant l’admissibilité en preuve de 16 des quelque 200 conversations privées qui seront présentées par la Couronne. La présentation de la preuve doit s’amorcer lundi prochain.

Grâce à trois micros installés dans la résidence de Claude Gauthier, à Nicolet, et un dans son véhicule, les policiers ont pu écouter de nombreuses conversations sur le trafic de drogue entre le Hells Angels et des complices allégués. La musique ambiante – comme le succès Despacito de Luis Fonsi – et la piètre qualité du son a toutefois rendu la tâche ardue pour les enquêteurs.

Aux yeux de la défense, ces enregistrements étaient d’une qualité « médiocre » et ne permettaient pas d’entendre la conversation. Ils doivent donc être exclus. Selon la Couronne, même si certains passages étaient moins compréhensibles, d’autres l’étaient parfaitement et ne devaient pas être rejetés.

Pour rendre sa décision, le juge St-Onge a écouté à plusieurs reprises les enregistrements originaux des conversations litigieuses. Ceux-ci étaient de meilleure qualité que les extraits « peu compréhensibles » entendus en salle d’audience. Au final, le juge a conclu que 12 extraits atteignaient le « seuil d’audibilité » et représentaient une « valeur probante » dans cette affaire. Un 13e enregistrement a été partiellement admis en preuve.

Le juge a notamment exclu une discussion entre Claude Gauthier et le coaccusé Pascal Facchino dans le véhicule de ce dernier en juin 2018, puisque la très grande majorité de la conversation était inaudible. Une autre conversation a été exclue, comme les propos avaient « peu de sens ». Il était alors question d’une « fendeuse » à bois et de bois de « bouleau ».

Ses enregistrements contestés ont permis d’apprendre qu’à l’automne 2018, un réseau de trafiquants lié aux Hells Angels voulait écouler 80 onces de cocaïne – 2,5 kilogrammes – par mois dans la région de Saint-Jean-sur-Richelieu. Dans un extrait, Claude Gauthier confirme également avoir caché sa veste des Hells Angels dans un mur « double épaisseur ».

MMarie-France Drolet, MHan-Catherine Morin et MIsabelle Poulin représentent le ministère public, alors que MAnnie Lahaise et MMylène Lareau assurent la défense de Claude Gauthier.

- Avec Daniel Renaud