(Ottawa) Les proches d’une fillette canadienne coincée en Syrie se tournent vers les tribunaux, après près d’un an d’efforts pour la rapatrier, avec une question en tête : pourquoi le gouvernement ne les aide-t-il pas ?

Stephanie Levitz
La Presse canadienne

L’enfant âgée de 5 ans, connue sous le nom d’Amira, a été retrouvée au bord d’une route l’an dernier, après que ses parents, ses frères et ses sœurs eurent été tués dans une frappe aérienne. La petite a été emmenée dans un camp pour réfugiés.

Son oncle, identifié comme Ibrahim, tente depuis de la faire venir au Canada pour qu’elle puisse rejoindre sa famille à Toronto, mais le gouvernement fédéral a refusé de leur venir en aide.

« C’est une orpheline canadienne de cinq ans. Pourquoi ne pas la rapatrier après le rapatriement de milliers de Canadiens partout dans le monde ? Pourquoi pas Amira ? » a demandé l’avocat de la famille, Lawrence Greenspon, mardi, après avoir déposé la requête devant la Cour fédérale.

La famille soutient que le gouvernement n’a pas fourni de documents de voyage d’urgence, n’a pas formellement demandé aux autorités locales de la rapatrier et a refusé d’envoyer un représentant pour faciliter les démarches.

Dans l’ensemble, ce traitement viole les droits d’Amira en tant que citoyenne canadienne, allèguent ses proches.

Le 29 juin dernier, le premier ministre Justin Trudeau s’est vu demander pourquoi le gouvernement fédéral n’en faisait pas plus pour extirper des ressortissants canadiens de Syrie.

Bien que certains pays disposent de diplomates sur le terrain, ce n’est pas le cas du Canada et la Syrie demeure un endroit dangereux, particulièrement en temps de pandémie, a répondu Justin Trudeau.

Un porte-parole d’Affaires mondiales Canada a déclaré mardi que le gouvernement « évalue ses options » pour continuer à faire avancer ce dossier.

« Il s’agit d’une situation extrêmement complexe et nous reconnaissons à quel point elle est difficile pour cette enfant et pour sa famille au Canada. Des représentants sont régulièrement en contact avec sa famille et le ministre Champagne leur a parlé directement », a souligné John Babcock.

Amira compte parmi 47 Canadiens — dont 26 enfants — qui sont coincés dans le nord-est de la Syrie. Selon Me Greenspon, sa cause pourrait également ouvrir la voie à leur retour au bercail.

Les documents de la cour indiquent que l’oncle d’Amira s’est rendu seul en Syrie, sans protection, et qu’il a été en mesure non seulement de rencontrer la petite dans le camp de réfugiés, mais aussi de discuter avec des représentants du gouvernement régional. Ces derniers ont convenu qu’Amira pourra partir une fois qu’Ottawa aura donné son feu vert.

Des pays dans la même situation que le Canada, sans services consulaires en Syrie, se sont appuyés sur d’autres pays ou sur des groupes humanitaires pour le rapatriement de leurs citoyens, soulignent les avocats.

Amira est actuellement prise en charge par une organisation non gouvernementale qui opère à l’intérieur du camp d’Al-Hawl, dans une région sous le contrôle des forces dirigées par les Kurdes.

Dans les dernières semaines, la famille a appris que le régime syrien enquêtait au sujet de la fillette, rapporte Me Greenspon.

« Nous ne voulons pas penser à ce qui pourrait arriver si le gouvernement syrien se mettait aux trousses d’Amira et tentait de la garder », a-t-il signalé.

Les autorités régionales souhaitent le rapatriement des citoyens étrangers, en partie parce qu’elles ne veulent plus avoir à s’en occuper, explique Me Greenspon.

Beaucoup sont soupçonnés de collusion avec des membres de Daech et les parents d’Amira pourraient également avoir été impliqués auprès du groupe armé État islamique.

« Même si c’est le cas, et alors ? » lance Me Greenspon.