(Saint-Apollinaire) La chasse à l’homme se poursuit à Saint-Apollinaire, dans la nuit de dimanche à lundi, dans le but de retrouver Martin Carpentier.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Un important branle-bas policier était en cours vers 22 h sur le rang Saint-Lazare. Des employés d’une firme privée ont fait voler des drones pendant que de nombreux policiers, installés sur le bord de la route et sur le terrain d’une grande résidence privée, discutaient et faisaient des allers-retours sous le vrombissement des drones et les lumières des gyrophares.

Le groupe tactique d’intervention et l’escouade canine étaient aussi sur place. « On est en train de valider des informations », a dit Ann Mathieu, porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ), en précisant que le suspect n’avait pas été retrouvé.

  • PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

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Mme Mathieu a précisé que des objets avaient été trouvés dans les bois pendant la journée, mais qu’il restait à voir s’ils avaient un lien avec l’enquête en cours.

Rappelons que Martin Carpentier, 44 ans, est activement recherché depuis que son véhicule a été retrouvé mercredi dernier après une sortie de route. Samedi, ses deux filles, Romy et Norah, ont été retrouvées sans vie à Saint-Apollinaire.

Vers 21 h dimanche, un groupe de policiers munis de torches ont foncé dans les bois. Ils en sont ressortis une trentaine de minutes plus tard, sans donner d’explications.

La machine à rumeurs a fonctionné à plein régime tout au long de la journée. Vers 20 h, des citoyens ont publié sur les réseaux sociaux une vidéo censée monter l’arrestation du suspect. Il ne s’agissait finalement que d’une fausse alerte. La police a aussi été appelée à Saint-Agapit pour identifier un homme qui ressemblait à Martin Carpentier, mais il ne s’agissait pas du fugitif.

Vers 14 h 30, un chien policier accompagné de son maître a plongé dans les fourrés près du rang du Bois-de-l’Ail. Les policiers ont averti les nombreux badauds de ne pas marcher dans les environs pour ne pas contaminer la scène.

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Un chien policier accompagné de son maître a plongé dans les fourrés près du rang Bois-de-l’Ail.

L’hélicoptère de la Sûreté du Québec, pendant ce temps, a longuement survolé le même secteur. Des barrages ont été installés à de nombreux endroits pour bloquer la circulation. Les citoyens étaient nombreux à se déplacer en voiture sur les rangs afin d’essayer de suivre l’action, beaucoup munis de jumelles.

Mémorial pour les victimes

À Lévis, au parc des Chutes-de-la-Chaudière, un mémorial en l’honneur des victimes a été instauré par le 128Groupe Scout de Charny. Norah et Romy, les deux filles de Martin Carpentier retrouvées sans vie samedi, en étaient membres. Leur père était lui-même animateur scout.

Une file de citoyens attendaient encore dimanche devant le petit abri de jardin pour y déposer peluches, bouquets de fleurs ou chandelles. Beaucoup en ressortaient les larmes aux yeux. Des photos de Norah et de Romy et de nombreuses notes avaient aussi été laissées. « Bon voyage, petites puces. Trop triste. Bon repos et bon courage à la maman », pouvait-on lire sur l’une d’elles. Des affiches sur la prévention du suicide avaient même été collées sur place.

« Quand il a été mis sur pied, c’était un mémorial d’espoir. Malheureusement, ce n’est pas ce que c’est devenu », a dit François Samson, président du groupe scout.

Vanessa Langlois est venue s’y recueillir avec sa fille Léa Bélanger, 9 ans, et son fils Alexis Bélanger, 8 ans. « On est venus porter une petite attention », a dit Mme Langlois.

  • Léa Bélanger, 9 ans, est venue se recueillir avec sa mère et son frère devant le mémorial en l’honneur des victimes.

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    Léa Bélanger, 9 ans, est venue se recueillir avec sa mère et son frère devant le mémorial en l’honneur des victimes.

  • Une file de citoyens attendaient encore dimanche devant le petit gazebo pour y déposer un toutou, un bouquet de fleurs ou une chandelle.

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    Une file de citoyens attendaient encore dimanche devant le petit gazebo pour y déposer un toutou, un bouquet de fleurs ou une chandelle.

  • Le mémorial en l’honneur des victimes a été instauré par le 128e Groupe Scout de Charny.

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    Le mémorial en l’honneur des victimes a été instauré par le 128e Groupe Scout de Charny.

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Devant la maison familiale de Charny, des fleurs avaient aussi été déposées. Des policiers de la Sûreté du Québec y montaient la garde. « Il y aura éventuellement une communication de la part de la famille. Mais étant donné que les recherches de la SQ sont toujours en cours, la famille désire vivre les évènements en paix pour l’instant », a fait savoir à La Presse Me Maxime Roy, avocat embauché par la famille.

Samedi, les parents d’enfants fréquentant la même école que les fillettes ont reçu une missive du Centre des services scolaires des Navigateurs et de l’école Saint-Louis-de-France.

« Il se produit parfois des évènements tragiques qui sont aussi difficiles à comprendre qu’à annoncer. Nous avons appris tout à l’heure la triste nouvelle du décès d’une camarade de votre enfant, peut-on y lire. Nous tenons donc à offrir nos plus profondes condoléances à tous les élèves, aux parents et aux membres du personnel et, en particulier, à la maman de notre élève, qui est une employée du Centre de services scolaire des Navigateurs. »

Les parents sont priés d’être à l’écoute des réactions de leur enfant, et différentes ressources de soutien leur sont proposées.

« Il peut se cacher longtemps »

« La commission scolaire a été très proactive. On nous a fait savoir que des ressources étaient offertes au besoin », indique le père d’une amie de Romy, qui a voulu garder l’anonymat pour préserver celui de sa fille. Quelques jours avant le drame, Martin Carpentier l’a joint pour savoir si leurs filles pouvaient se voir en après-midi pour une baignade.

« On est bouleversés. Je trouvais ça spécial qu’on reçoive cette invitation pour que les filles jouent ensemble, parce que ça faisait très longtemps qu’elles ne s’étaient pas vues. C’était avant la COVID-19 », dit-il, en précisant qu’il a dû décliner l’invitation parce qu’ils partaient en camping.

Le papa ébranlé se demande aujourd’hui s’il s’agissait d’un « party de départ » ; il espère que M. Carpentier sera rapidement retrouvé.

« Pour avoir été dans les scouts moi aussi, je peux vous dire qu’il peut se cacher longtemps. C’est pratique courante de faire des exercices de survie et d’apprendre comment se nourrir dans le bois. C’est certain que s’il n’est pas prêt à se faire trouver, il peut jouer au chat et à la souris un bon bout de temps », croit-il.

80 policiers déployés

Environ 80 policiers de la Sûreté du Québec ont participé aux opérations dimanche. « C’est sûr que ça nous fait quelque chose. Je ne suis pas inquiète qu’il vienne ici, mais on veut qu’ils attrapent le gars », dit Shantal Manguy, dont la maison se trouve tout juste à la limite du barrage rang Bois-Joly.

À 10 h, l’hélicoptère de la Sûreté du Québec a décollé du centre de commandement des recherches, établi au centre multifonctionnel de Saint-Apollinaire, sous le regard de badauds, dont beaucoup d’enfants. Les recherches se sont déroulées dans le même périmètre boisé qu’au cours des derniers jours. « Des éléments nous portent à croire que Martin Carpentier serait toujours là », a indiqué Ann Mathieu, porte-parole de la SQ.

La Presse a suivi en matinée une équipe de deux policiers en quads qui font la tournée des très nombreux chalets des environs pour voir si l’homme de 44 ans n’y serait pas caché. « Ce sont des embranchements d’embranchements, ça ne finit plus », a lancé l’un d’eux en parlant des multiples chemins qui sillonnent les environs.

Denis Lévesque, résidant de Saint-Rédempteur qui a un petit chalet près du rang Saint-Lazare, était soulagé de voir les policiers inspecter ses installations. « J’aime mieux que ce soit eux qui regardent que moi ! », a-t-il lancé. Les policiers ont inspecté l’abri où se trouve sa camionnette, regardé sous son chalet, ratissé les moindres recoins de la propriété.

« Ça a l’air bien beau, mon cher monsieur », a lancé le policier au terme de l’inspection.

« Je ne me ferai pas assommer ! », s’est réjoui M. Lévesque. Les policiers travaillent dans des chemins rendus boueux par les averses, dans la chaleur et l’humidité. Les moustiques, voraces, attaquent quiconque s’aventure dans les bois.

  • Denis Lévesque, un résidant de Saint-Rédempteur, laisse un policier inspecter ses installations

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De nombreux citoyens ont participé aux recherches, sans s’aventurer dans les bois pour respecter les consignes de la Sûreté du Québec. « Nous sommes des pères, alors c’est sûr que ça nous touche. On se promène à pied parce qu’on a plus de chances d’entendre quelque chose qu’en voiture », a dit Simon Desjardins, qui patrouillait dans la route des Ruisseaux avec deux amis.

Si l’intention est bonne, certains citoyens qui participent à la chasse à l’homme pour retrouver Martin Carpentier à Saint-Apollinaire peuvent parfois nuire aux recherches, a fait savoir dimanche matin la Sûreté du Québec.

Ann Mathieu, porte-parole de la SQ, explique que, dans la nuit de samedi à dimanche, une centaine de citoyens ont envahi le boisé dans lequel se concentrent les recherches après y avoir entendu du bruit. La Sûreté du Québec affirme que ces mouvements compliquent le travail des policiers à l’affût d’indices qui permettraient de repérer Martin Carpentier.

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La porte-parole de la Sûreté du Québec Ann Mathieu montre une photo de Martin Carpentier sur son cellulaire.

« On comprend le bon vouloir et la bonne foi des citoyens, et on les remercie. Mais vous comprendrez que si on arrive avec un maître-chien à un endroit où il y a déjà eu 100 personnes, on ne peut plus travailler », a expliqué Mme Mathieu. Le bruit, finalement, avait été causé par une branche.

Mme Mathieu explique que même les équipes structurées déployées par l’Association québécoise des bénévoles en recherche et sauvetage ne feront plus de recherches puisqu’il s’agit maintenant d’une enquête criminelle.