Un soudeur qui a glissé des comprimés de Valium dans le café d’un collègue pour se venger a été condamné à un an de prison à domicile cette semaine au palais de justice de Montréal. Le crime de Michel Julien a non seulement mis en péril la sécurité de la victime, mais également celle des citoyens, a déploré le juge.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

L’homme de 61 ans a plaidé coupable en janvier dernier d’avoir « administré une substance délétère » à sa victime dans le but de la « tourmenter ». Une rare accusation utilisée pour les cas d’empoisonnement avec du « poison ou une autre substance destructive ou délétère ».

Cette affaire inusitée remonte à septembre 2018. La victime, Pierre Tremblay, dénonce alors son collègue soudeur pour avoir consommé de l’alcool au travail. En arrêt de travail, Michel Julien décide d’assouvir sa vengeance en lâchant trois comprimés de Valium dans le café de son collègue.

Le Valium peut entraîner de la somnolence, des étourdissements et des problèmes d’équilibre. Ses effets peuvent apparaître en quelques minutes. Ainsi, le soudeur s’endort peu de temps après avoir bu son café, laissé sans surveillance pendant qu’il était au poste de travail des soudeurs. Ses collègues parviennent à le réveiller seulement 15 minutes plus tard.

Sans savoir ce qui vient de lui arriver, Pierre Tremblay prend le volant pour se rendre chez lui. Il s’endort alors pour une longue nuit de sommeil. Pour le juge Jean-Jacques Gagné, cette sortie en voiture aurait pu être dramatique, si la victime s’était endormie en conduisant.

« Cette situation met en péril la sécurité de la personne qui a reçu la substance, mais aussi des enfants et des gens dans la rue, surtout à cette heure-là. C’est ce qui me préoccupe », a-t-il fait valoir lundi au palais de justice de Montréal.

Le crime de Michel Julien n’aurait jamais été élucidé s’il n’avait pas « pratiquement annoncé » ses intentions à un autre collègue par message texte. En apprenant l’assoupissement inusité de la victime, ce dernier a prévenu Michel Julien qu’il « dépassait les bornes et que ça pouvait être dangereux » et a ensuite avisé son employeur.

« C’est une période où j’étais très dépressif », a expliqué Michel Julien à la cour lundi. Pour son avocat, MPhilippe Grenier, le sexagénaire n’avait pas « tout son jugement » à cette époque en raison de son « état psychiatrique ». Son client avait alors un « grave problème d’alcoolisme », mais il s’est depuis repris en main et rencontre un psychologue.

Les avocats ont présenté lundi une suggestion commune au juge Gagné qui a entériné celle-ci. Ainsi, Michel Julien a été condamné à un an d’emprisonnement dans la collectivité et à une probation de trois ans avec suivi. Il devra rester détenu chez lui, sauf exception, pendant les six premiers mois, puis devra respecter un couvre-feu. Une peine « tout de même sévère », selon le juge.