Justine* a vécu un vrai calvaire pendant plus d’un an sous le joug d’un proxénète ultraviolent. Emmanuel Grandpierre l’a étranglée, battue à répétition et a contrôlé tous les pans de sa vie. « Je te jure que je vais la brûler », a-t-il déjà menacé. Même recherché par la police, le Montréalais a continué d’appâter des victimes.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

L’homme de 32 ans a plaidé coupable cette semaine au palais de justice de Montréal à cinq chefs d’accusation : proxénétisme, tentative de proxénétisme, publicité de services sexuels, menaces et voies de fait. Malgré la gravité de ses crimes, il demeure toujours en liberté. L’exposé commun des faits présenté en cour lève le voile sur une sordide histoire de violence et de domination.

Justine rencontre Emmanuel Grandpierre (ou Grand-Pierre selon les documents de cour) sur Facebook à l’été 2017. La jeune femme, qui a déjà travaillé comme escorte, accepte qu’il gère ses clients. Ils s’entendent alors pour partager les gains à parts égales. Elle offre ainsi des services sexuels « complets » et parfois un service de type girlfriend experience.

Mais la situation dégénère à l’automne. Emmanuel Grandpierre réclame la totalité des recettes de Justine et utilise l’argent pour consommer des drogues dures. « Il devient de plus en plus contrôlant, notamment en subtilisant le cellulaire, l’argent et les biens de la victime. Ils se disputent souvent, et ça se transforme en gestes violents dès que la victime conteste les décisions de l’accusé », indique le résumé.

Pour économiser, Justine reçoit des clients à l’insu de son proxénète et s’efforce de cacher son argent. Lorsqu’elle refuse de lui remettre ses gains, Emmanuel Grandpierre devient violent et brise des objets autour d’elle. Il la menace souvent de tout révéler à sa famille ou de s’en prendre à elle physiquement.

De plus en plus violent, Emmanuel Grandpierre promet à des clients des services sexuels que Justine refuse d’offrir. La veille de Noël, intoxiqué, le proxénète défonce la porte de la chambre de Justine au Motel Pierre, à Montréal, et attaque la jeune femme. Les policiers interviennent. Mais même en prison, il maintient son emprise sur elle, puisqu’elle continue de lui remettre de l’argent. Trois mois plus tard, elle retire sa plainte à la police.

Justine continue de se prostituer dans des hôtels et dans un appartement du boulevard Saint-Laurent. Elle remet toujours l’entièreté de ses gains à son bourreau. Lorsqu’elle se plaint de son traitement, Emmanuel Grandpierre est très agressif verbalement et physiquement. Il continue de contrôler toutes les parties de la vie de sa victime : il conserve ses pièces d’identité et son cellulaire. Une fois, alors qu’elle appelle le 911, le proxénète lui arrache le téléphone des mains et retire la batterie.

Justine réussit à s’éloigner de son bourreau à l’été 2018. Elle lui demande de ne plus la battre, mais Grandpierre rétorque qu’il ne veut pas qu’elle appelle la police si « ça arrive ». Elle croit alors que son proxénète a « changé », comme il promet maintenant de la respecter. Mais durant une dispute, il lui donne un coup de tête et lui lance une canette de boisson gazeuse.

Le calvaire de Justine s’arrête enfin en septembre 2018. Dans un épisode particulièrement violent, Emmanuel Grandpierre la frappe à maintes reprises, l’étrangle, lui tire les cheveux et déchire ses vêtements. « Je te jure que je vais la brûler », a même lancé le criminel à une autre femme qui a assisté à la scène.

Visé par un mandat d’arrêt, Emmanuel Grandpierre est arrêté en décembre 2018. Même s’il est en cavale, il ne cesse pas ses activités criminelles. En novembre, un agent d’infiltration du Service de police de la Ville de Montréal le joint sur Snapchat et Facebook en se faisant passer pour une femme. Le fugitif lui propose alors « de faire de l’escorte », puis insiste pour qu’elle « travaille avec lui ».

Emmanuel Grandpierre fait miroiter des revenus de 50 000 $ par année à sa proie et lui promet de « bons clients ». Il s’engage à créer les annonces et à texter les clients, à la protéger en cas de problèmes et à prendre seulement la moitié des gains pour son travail.

Les observations sur la peine auront lieu le 29 septembre prochain. MHugo Rousse représente le ministère public, alors que l’accusé est défendu par Me Hélène Poussard.