Cinq hommes et une femme, arrêtés l’an dernier à l’issue d’une importante enquête déclenchée à la suite de la découverte des corps de deux frères morts d’une surdose de fentanyl, sous le pont Jacques-Cartier, en août 2017, viennent d’être condamnés à des peines de quatre à huit ans de pénitencier.

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Les sentences ont été prononcées vendredi au palais de justice de Montréal après que la plupart des accusés eurent plaidé coupable à des chefs de trafic d’héroïne, de complot et de gangstérisme.

Le chef présumé du réseau, Dany Durand, 38 ans, ancien membre des Minotaures, club-école éphémère des Hells Angels, a quant à lui reconnu sa culpabilité aux mêmes accusations ainsi qu’à des chefs de complot et de trafic de cocaïne et de marijuana.

La poursuite et la défense ont annoncé s’être entendues sur une peine de huit ans et neuf mois dans le cas de Durand, mais le prononcé de celle-ci a été reporté au 15 septembre.

Une priorité

Après la découverte des corps des deux frères morts sous le pont Jacques-Cartier, le Service de police de la Ville de Montréal a fait de la lutte contre le fentanyl, opioïde 40 fois plus puissant que l’héroïne – et qui est régulièrement mélangé à celle-ci – qui a fait des ravages dans l’Ouest canadien et aux États-Unis, une priorité.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

En novembre 2018, les policiers du SPVM ont saisi un demi-million de comprimés de drogue synthétique dans un local commercial du boulevard Henri-Bourassa. Le club-école des Hells Angels, les Minautaures, est visé par cette rafle policière.

C’est dans ce contexte que les enquêteurs de la division du crime organisé ont lancé le projet Asterios visant un réseau de trafiquants d’héroïne et d’autres drogues qui opérait principalement dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, dans l’est de Montréal.

L’enquête a nécessité des centaines de milliers d’heures d’écoute électronique, des milliers d’heures d’enregistrement vidéo, plus de 380 filatures et le travail de près de 450 policiers, dont des agents d’infiltration.

Elle a duré deux ans et, en septembre 2019, les policiers ont arrêté 34 personnes, principalement pour trafic d’héroïne, de cocaïne et de marijuana.

Ravitaillements tous les cinq jours

Selon la preuve, le réseau effectuait des ravitaillements de 50 grammes d’héroïne tous les cinq jours.

Un seul ravitaillement rapportait 1850 $ à chaque gérant de l’organisation, alors que leur chef, Dany Durand, surnommé Jésus, recevait 3450 $ par ravitaillement.

De plus, certains des trafiquants condamnés vendredi vendaient de l’héroïne à l’insu de leur organisation et surnommaient « bonus » les profits ainsi réalisés.

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Veste aux couleurs des Minotaures

Lorsqu’ils ont perquisitionné la résidence de Durand, les limiers ont trouvé de l’argent, des téléphones cellulaires, mais aussi des vêtements, des bijoux et des vestes aux couleurs des Minotaures.

Durant l’enquête, Durand s’est notamment impliqué dans une transaction de deux kilogrammes de cocaïne et dans un conflit concernant le droit de vendre de stupéfiants au Pub Saint-François, dispute que son organisation a finalement perdue aux profits d’un autre groupe, selon un résumé des faits lu par la procureure MMarie-France Plante, du Bureau de la grande criminalité et des affaires spéciales.

L’un des bras droits de Durand – qui a également été condamné vendredi –, Christian Nitu, a été rapatrié à Montréal en janvier dernier, après avoir passé 10 mois dans les geôles de la République dominicaine, à la suite d’une cavale de quatre mois. Nitu a fait l’objet d’une notice rouge (avis de recherche international) d’Interpol avant d’être appréhendé.

Nitu et d’autres coaccusés, dont Annie Parent – qui a également été condamnée vendredi –, avaient démarré une nouvelle ligne téléphonique de vente d’héroïne après une première série de perquisitions de la police.

Fait inhabituel, Nitu, qui a comparu par visioconférence comme ses cinq complices, a profité de son passage devant la juge Linda Despots, de la Cour du Québec, pour maugréer contre le travail des enquêteurs et des procureurs.

Certains des condamnés devaient respecter des conditions ou des ordonnances lorsqu’ils ont été arrêtés en septembre 2019.

Jusqu’à maintenant, 8 des 34 accusés du projet Asterios ont reconnu leur culpabilité.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

Les six condamnés 

Dany Durand

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Dany Durand

38 ans

Chef présumé du réseau

Peine de huit ans et trois mois à venir

Christian Nitu

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Christian Nitu

26 ans

Gérant de l’organisation

Condamné à une peine de sept ans et six mois

En soustrayant la période de détention préventive, il lui reste six ans et sept mois à purger.

Marc-André Lagacé-Carrière

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Marc-André Lagacé-Carrière

30 ans

Gérant de l’organisation

Condamné à six ans et neuf mois

Il lui reste cinq ans et six mois à purger.

Annie Parent 

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Annie Parent

28 ans

Gérante de l’organisation

Condamnée à six ans et trois mois

Il lui reste cinq ans à purger.

Maxime Samuel

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Maxime Samuel

33 ans

Coursier de l’organisation

Condamné à six ans

Il lui reste quatre ans et huit mois à purger.

Éric Élément

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Éric Élément

33 ans

Coursier de l’organisation

Condamné à quatre ans

Il lui reste deux ans et sept mois à purger.