(Montréal) Deux organismes ont allié leurs forces pour favoriser l’accès à la justice aux gens du quartier Saint-Michel et des environs, à Montréal. Tout au long de la journée, samedi, une soixantaine de personnes ont eu l’occasion de rencontrer gratuitement un avocat dans le cadre d’un atelier juridique offert par Justice Pro Bono dans le gymnase d’Ali et les Prince.esse.s. de la rue.

Ugo Giguère
La Presse canadienne

L’idée de jumeler les missions des deux organismes est venue de l’ex-ministre et ancien député de Viau, David Heurtel, qui préside le conseil d’administration d’Ali et les Prince.esse.s. de la rue en plus de siéger au conseil de Justice Pro Bono.

David Heurtel et Ali Nestor, dont le gym porte le nom, discutaient des enjeux d’inégalités sociales dans le quartier. Une problématique exacerbée par la crise sanitaire de la COVID-19 et projetée à l’avant-plan par la montée du mouvement contre le racisme et la violence policière.

Pour Ali Nestor, ce partenariat répond carrément à un besoin essentiel. « Beaucoup de gens dans la population n’ont pas accès à une connaissance minimale de leurs droits que ce soit en matière de discrimination, de logement ou de divorce », souligne-t-il.

Il semble que ce besoin était particulièrement criant puisque la soixantaine de places pour des consultations s’est remplie rapidement. On s’attend tout de même à accueillir certains visiteurs sur place et surtout, Justice Pro Bono a l’intention de répéter l’expérience plus tard cette année.

« On aurait ajouté 30 autres avocats et je crois qu’on aurait rempli toutes les places », note David Heurtel qui s’entraîne lui-même au gymnase d’Ali Nestor.

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Ali Nestor

Selon Me Nancy Leggett-Bachand, l’accès à la justice représente un véritable enjeu d’équité sociale. Il est parfois très difficile de pouvoir faire valoir ses droits si l’on n’a pas accès à l’aide juridique. C’est d’ailleurs précisément le rôle de Justice Pro Bono.

« On dit toujours “trop riche pour l’aide juridique, mais trop pauvre pour s’offrir les services d’un avocat”, résume la directrice générale de l’organisme. On veut favoriser l’accès à la justice et démocratiser l’accès à une avocate ou un avocat parce que trop de gens évitent de se prévaloir d’une rencontre pour connaître leurs droits. »

Une personne seule qui souhaite recourir à l’aide juridique gratuite doit gagner un revenu brut de moins de 23 842 $. Le seuil varie légèrement selon le statut (en couple ou avec enfant) jusqu’à un maximum de 39 097 $ pour un couple ayant deux enfants ou plus.

50 minutes en tête-à-tête

Évidemment, comme la pandémie de la COVID-19 continue de sévir, les consignes d’hygiène, la distanciation physique et le port du masque sont bien appliqués pour éviter que la bonne action ne devienne un foyer de contamination.

Les personnes ayant pris rendez-vous sont attendues à l’heure prévue et peuvent alors rencontrer, en privé et de manière confidentielle, un expert du droit spécialisé dans le domaine concerné. Au moment de réserver leur place, un bref survol du problème a permis de prévoir un jumelage adéquat.

Chaque personne a ainsi droit à une cinquantaine de minutes pour se familiariser avec leurs droits, les recours possibles et la suite des démarches nécessaires. Impossible de régler tous les problèmes en moins d’une heure, mais Me Nancy Leggett-Bachand assure qu’on peut déjà faire un bon bout de chemin en matière d’information.

« Généralement, les consultations de cette nature-là sont d’une vingtaine de minutes. On a décidé de se donner une cinquantaine de minutes pour que les gens partent d’ici en ayant bien compris le rôle d’une avocate ou d’un avocat parce que pour plusieurs c’est une première rencontre à vie ! », explique-t-elle.

En quelque cinquante minutes, les avocats bénévoles cherchent surtout à cerner l’enjeu juridique auquel la personne fait face et ensuite à lui indiquer les prochaines étapes, ajoute la DG de Justice Pro Bono.

Match parfait

Parmi les dizaines de visiteurs ayant bénéficié de ces consultations gratuites, Steve Joseph est tombé sur un « match parfait » en ayant l’occasion de discuter avec Lysiane Clément-Major, qui est avocate au contentieux de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).

« Je voulais avoir des informations par rapport à une plainte que j’ai déjà déposée (à la CDPDJ) et heureusement, je suis justement tombé sur une avocate des droits de la personne », a-t-il commenté après son tête-à-tête avec Me Clément-Major.

« Je ne pouvais pas m’insérer dans le processus d’enquête, mais j’ai pu quand même le conseiller de façon générale sur le processus de la commission et sur certaines autres questions que monsieur avait », décrit de son côté l’avocate qui participait à une première activité de Justice Pro Bono.

En mai dernier, Steve Joseph a été victime d’insultes racistes alors qu’il cherchait à obtenir de l’information dans une entreprise montréalaise. L’homme, qui est notamment directeur des loisirs à la Fondation des aveugles du Québec, voulait savoir si l’entreprise bordant la rivière des Prairies disposait d’une descente de bateau accessible.

« Ça n’a pas été tout simplement un refus, ç’a été une attaque raciste tout de suite », a-t-il confié en répétant quelques-unes des expressions vulgaires et dégradantes qu’il a dû entendre aux côtés de sa conjointe et de sa fille.

Steve Joseph ajoute qu’on lui a même barré la route, l’empêchant de quitter les lieux, où il était victime de discrimination. Une vidéo de son témoignage a circulé sur les réseaux sociaux à la suite de l’incident.

Des avocats en droit de la famille, droit de la personne, droit du logement, droit du travail, droit criminel, droit civil et droit de l’immigration ont répondu à l’appel dans le gymnase d’Ali Nestor.

Une surprise a également été offerte aux participants de l’atelier. Chaque personne venue chercher conseil a reçu un repas familial cuisiné par La Tablée des chefs.

L’organisme Ali et les Prince.esse.s. de la rue offre du mentorat aux jeunes dans le but de les aider à compléter leurs études en les motivant par la pratique de sports de combat et de yoga.