C’est pour faire dérailler le processus judiciaire en cours que deux hommes ont tenté d’assassiner un avocat qui représente la Fédération des Caisses Desjardins en mars dernier, selon un acte d’accusation déposé mercredi. Les deux accusés ne connaissaient pas leur victime et auraient été envoyés par un commanditaire.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

Daniel Renaud Daniel Renaud
La Presse

Daouda Dieng, 35 ans, de Brossard, et Cheikh Ahmed Tidiane Ndiaye, 40 ans, de Longueuil, ont comparu au palais de justice de Saint-Hyacinthe mercredi. Ils avaient été arrêtés mardi par la Sûreté du Québec. Ils sont notamment accusés de tentative de meurtre sur l’avocat Nicholas Daudelin, d’avoir déchargé une arme à feu de façon dangereuse et d’intimidation d’une personne associée au système de justice.

Mais un quatrième chef d’accusation autorisé par le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) laisse entrevoir le motif présumé de l’attentat : il concerne le fait d’avoir tenté d’entraver, de contrecarrer ou de détourner le cours de la justice en usant de violence envers un avocat impliqué dans un processus judiciaire.

Atteint à la jambe

Le soir du 26 mars, deux hommes s’étaient présentés à la porte de la résidence de l’avocat de 32 ans, à Mont-Saint-Hilaire. L’un des suspects avait ouvert le feu et atteint le juriste à la jambe avant de prendre la fuite.

Selon nos informations, les enquêteurs de la Sûreté du Québec ont pu déterminer avec certitude que Dieng et Ndiaye ne connaissaient pas personnellement MDaudelin. La théorie de la police est qu’ils ont été envoyés sur place par quelqu’un d’autre, afin de s’en prendre à lui dans l’espoir de faire dérailler un processus judiciaire en cours en lien avec une fraude dont Desjardins aurait été victime.

Le procureur de la Couronne Claude Doire s’est opposé à la remise en liberté des deux accusés. Ils reviendront à la cour à une date ultérieure pour une enquête sur remise en liberté dans l’attente de leur procès. Daouda Dieng, qui s’est fait mal en sautant du troisième étage lorsque les policiers se sont présentés chez lui pour l’arrêter, se remettait toujours de ses blessures mercredi.

Fraude de 3,4 millions

Depuis l’an dernier, l’avocat Nicholas Daudelin représente la Fédération des Caisses Desjardins et Desjardins Assurances générales dans un dossier de fraude de 3,4 millions. Maintes entreprises auraient emprunté des sommes importantes à Desjardins pour les transférer à des gens d’affaires de la région de Joliette, avant de fermer boutique et de déclarer faillite immédiatement après, ce qui empêchait la récupération de la créance.

Des dizaines de dossiers de faillites sont en cause dans cette affaire. Tant Desjardins que la Banque Nationale ont entrepris des actions devant les tribunaux civils pour tenter de récupérer leur dû.

Les enquêteurs spécialistes des crimes économiques à la Sûreté du Québec mènent aussi une enquête criminelle sur cette fraude. Mercredi, ils ont mené des perquisitions en cours d’enquête à ce sujet et saisi du matériel appartenant à Jean-François Malo, promoteur immobilier de la région de Joliette qui est poursuivi au civil par Desjardins.

M. Malo n’est accusé de rien à ce jour et a toujours nié les prétentions de Desjardins en lien avec les fonds dont il a bénéficié.