(Saint-Jérôme) « Il n’y a rien qu’on puisse faire qui va pouvoir réparer ce que les victimes et les familles ont subi. Que monsieur meure en dedans ne va rien apporter de plus. »

Gabrielle Duchaine Gabrielle Duchaine
La Presse

Ugo Fredette, coupable des meurtres de sa conjointe Véronique Barbe et de Yvon Lacasse, 71 ans, tué durant sa cavale, doit avoir une chance de se réhabiliter, a plaidé son avocat ce matin. La dernière portion des audiences sur la peine avait lieu au palais de justice de Saint-Jérôme.

« Si on l’embarre et on pitche la clé, il va mourir en dedans. On perd le sens de la peine. Elle ne devient que symbole », a déclaré Me Louis-Alexandre Martin.

50 ans

Jeudi, la Couronne avait demandé pour Fredette 50 ans derrière les barreaux avant qu’il soit admissible à une libération conditionnelle. Ce qui mènerait l’homme de 44 ans à l’âge de 94 ans.

Ugo Fredette a été trouvé coupable en octobre de deux meurtres au premier degré. L’avocat de la Couronne estime que les peines de 25 ans de pénitencier avant une possibilité de libération conditionnelle pour ces deux crimes doivent être purgées de façon consécutive, comme le permet une disposition du Code criminel.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Me Louis-Alexandre Martin

Me Martin avance pour sa part que l’espoir de réhabilitation est primordial pour son client. « Vingt-cinq ans, c’est long. Ce n’est pas une petite peine. C’est extrêmement long dans la vie d’un homme. Les chiffres perdent leur sens quand on en parle en absolu. Il faut les placer dans la vie humaine », a-t-il dit à la juge Myriam Lachance de la Cour supérieure.

L’avocat a fait valoir qu’il est impossible de savoir quel sera l’état d’esprit de M. Fredette dans un quart de siècle. « C’est mathématiquement impossible de savoir ce qui va se passer avec lui. Qu’est ce qu’on fait quand on n’est pas certain ? On vous demande de permettre la réévaluation parce qu’on ne sait pas ce qui va se passer dans 25 ans. On ne lui donne pas carte blanche. On regarde ce qui s’est passé. »

« Si vous enlevez toute chance de réhabilitation, il n’y a plus aucun incitatif de faire quoi que ce soit. L’espoir fait en sorte qu’il mette un pied devant l’autre pour sa réhabilitation. C’est impossible de savoir si, dans 25 ans, ça va être encore nécessaire qu’il soit incarcéré. »

Me Martin a rappelé que même si la juge opte pour la peine traditionnelle de la perpétuité avec une possibilité de libération après 25 ans, M. Fredette sera sous le contrôle de l’État « tout le long de sa vie ». « S’il sort un jour, on ne le lâchera pas lousse dans la société. Il va toujours porter l’étiquette de quelqu’un qui a causé la mort. […] Cet homme-là va être suivi pour le restant de ses jours. On va moduler ses décisions et surtout, l’impact de ses décisions sur les personnes autour de lui. »

L’avocat a cité le réseau familial de son client, ainsi que le fait qu’il est un « bon travailleur » et qu’il a un « certain filet social autour de lui » comme facteurs atténuants.

« Il a avoué et on l’a entendu émettre certains remords, certaines excuses », a-t-il ajouté.

Une loi inconstitutionnelle ?

Pour la défense, « tout ce qui est plus de 25 ans est inconstitutionnel », tout comme l’est la disposition, ajoutée il y a quelques années au Code criminel, qui permet aux juges d’imposer des peines consécutives dans certains cas particuliers pour des meurtres multiples. Il s’agit, plaide-t-elle, d’une disposition cruelle et inusitée qui porte atteinte à la dignité humaine.

En plus de se pencher sur cette question, la juge Lachance tiendra compte d’un arrêt très attendu de la Cour d’appel dans le dossier d’Alexandre Bissonnette, auteur de la tuerie de la mosquée de Québec. En première instance, le juge François Huot avait imposé une période d’inadmissibilité de 40 ans au tueur avant une possible libération.

Le plus haut tribunal de la province a pris l’affaire en délibéré en janvier dernier et pourrait se prononcer sur la légalité de la loi.