(Saint-Jérôme ) Ugo Fredette a harcelé, séquestré et assassiné sa conjointe Véronique Barbe dans un contexte de violence conjugale. Il a ensuite battu à mort un homme de 71 ans en fuyant avec un enfant. Dangereux et narcissique, Ugo Fredette doit purger au moins 50 ans de pénitencier, sinon Yvon Lacasse serait « mort pour rien », a martelé jeudi la Couronne.

Louis-Samuel Perron Louis-Samuel Perron
La Presse

Ugo Fredette est déjà condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans pour le meurtre de sa conjointe. Comme le permet la loi depuis 2011, le ministère public demande de cumuler le second « bloc » de 25 ans pour le meurtre d’Yvon Lacasse, au lieu qu’il soit purgé en même temps.

« Pourquoi le deuxième meurtre vaudrait moins ? », s’est ainsi demandé le procureur de la Couronne Me Steve Baribeau, qui réclame la peine la plus sévère de l’histoire du Québec.

« Si ce dossier ne mérite pas un cumul de peine, je ne sais pas quel dossier va pouvoir le mériter. Ugo Fredette a commis le pire des crimes. […] Il ne faut pas envoyer le message que quelqu’un qui fuit un autre meurtre peut faire ce qu’il veut, et tuer n’importe qui, et n’aura pas une heure de plus [de sentence] », a plaidé Me Baribeau au palais de justice de Saint-Jérôme.

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Me Steve Baribeau, procureur de la Couronne

Dans sa plaidoirie, le procureur a insisté sur la culpabilité morale « exceptionnelle » d’Ugo Fredette, un « meurtrier narcissique sans aucune empathie ». L’homme de 44 ans a séquestré, puis poignardé sa conjointe Véronique Barbe à 17 reprises dans un contexte de séparation, le 14 septembre 2017, alors que deux jeunes enfants assistaient à la scène d’horreur.

« Il a barricadé la maison pour que personne ne vienne la secourir. Un mépris total pour la vie humaine! Une inconscience déréglée ! […] Il a pollué, contrôlé, empoisonné et emprisonné l’existence de Véronique Barbe ! », a déclamé Me Baribeau.

Alors qu’en 2020, des femmes qui désirent quitter leur conjoint se font toujours assassiner, il est impératif de dénoncer « haut et fort » le harcèlement et la violence faite aux femmes, a rappelé le procureur.

Le meurtre d’Yvon Lacasse est aussi « fort révélateur du potentiel de dangerosité » d’Ugo Fredette, a poursuivi Me Baribeau. En fuite avec un enfant de six ans, il a battu à mort cet inconnu de 71 ans pour lui voler son véhicule à une halte routière. Un meurtre « ignoble, indigne, révoltant », s’est emporté le procureur.

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Yvon Lacasse

« C’est un crime commis de façon calculée au mépris du respect de la vie humaine, un crime commis de sang-froid, avec une violence et une brutalité extrême de façon totalement gratuite », a tranché Me Baribeau.

Recherché dans le cadre de la plus longue alerte AMBER de la province, Ugo Fredette est arrêté le lendemain, alors qu’il utilise le jeune enfant comme bouclier humain dans un face à face avec les policiers ontariens. L’enfant a d’ailleurs été témoin des deux meurtres. « Quel genre de personne va exposer un enfant de six ans à ces atrocités ? », a répété Me Baribeau.

Le procureur du ministère public souligne que deux experts, dont le psychiatre Gilles Chamberland qui a témoigné lundi, ont conclu qu’Ugo Fredette avait un trouble de personnalité narcissique. L’expert de la défense, le psychiatre Louis Morissette, a cependant conclu qu’Ugo Fredette présentait uniquement des traits narcissiques, mais n’avait aucun trouble psychiatrique.

En attente de la décision pour Alexandre Bissonnette

La décision de la juge Lachance dépend toutefois de l’arrêt très attendu de la Cour d’appel dans le dossier d’Alexandre Bissonnette. En première instance, le juge François Huot avait réécrit la loi en imposant une période d’inadmissibilité de 40 ans au tueur de la mosquée de Québec. Le plus haut tribunal de la province a pris l’affaire en délibéré en janvier dernier et pourrait se prononcer sur la légalité de la loi.

Mais la marge de manœuvre de la juge Lachance demeure mince, suggère Me Baribeau, puisque la jurisprudence est « pratiquement unanime » au pays dans les cas de meurtres multiples au premier degré.

« Pourquoi ne suivriez-vous pas huit ou neuf de vos collègues dans des situations semblables ? Qu’est-ce qui est tant distinct dans le dossier Fredette qui pourrait vous empêcher d’aller à contresens de ce que vos collègues ont fait? », a plaidé le procureur du ministère public.

Selon les critères de la loi, la juge Lachance peut tenir tenant compte du « caractère » d’Ugo Fredette, de la nature de l’infraction et des circonstances entourant sa perpétration pour prendre sa décision.

L’avocat de la défense, Me Louis-Alexandre Martin, conteste toutefois la constitutionnalité de cette loi « cruelle » et « inusitée ». Ce sera d’ailleurs à son tour vendredi de plaider devant la juge de la Cour supérieure. Il sera suivi du représentant du Procureur général. Notons qu’Ugo Fredette a porté en appel sa culpabilité et réclame un nouveau procès.

Fredette évoque Guy Turcotte

Plus tôt cette semaine, des rapports des services correctionnels déposés en preuve ont dévoilé qu’Ugo Fredette présentait un haut risque d’évasion, compte tenu de sa cavale dans la foulée des meurtres. Il a également reçu une cote de sécurité « maximum » par les services correctionnels.

En marge de l’audience, Ugo Fredette a confié lundi matin « comprendre » dans quel contexte le cardiologue Guy Turcotte a pu tuer ses deux enfants il y a onze ans, puisqu’il est lui aussi « passé par là ». Le meurtrier discutait alors avec une personne indéterminée – possiblement un gardien – alors que l’audience n’avait pas encore commencé. Ni le juge ni les avocats n’ont pu entendre cette discussion diffusée par mégarde dans une salle d’audience « virtuelle » ouverte aux journalistes.

« Ça peut arriver à n’importe qui. Quand c’est arrivé à [Guy] Turcotte, je me disais : comment il a pu faire ça? […] Ça m’a joué dans la tête. Mais quand tu passes par là, tu comprends. Lui dans sa tête, il a dit : je vais punir [mon ex-conjointe] sévèrement », a affirmé Ugo Fredette à son interlocuteur. Ses propos n’ont toutefois pas été déposés en preuve lors des audiences sur la peine.