(Halifax) Un document récemment rendu public révèle que la police avait été informée dès mai 2011 que Gabriel Wortman, le Néo-Écossais derrière la tuerie qui a fait 22 morts le mois dernier, voulait « tuer un flic » et se sentait mentalement instable.

Michael MacDonald
La Presse canadienne

Dans la version diffusée aux médias, le bulletin de sécurité des agents soumis par le corps de police de la ville de Truro n’inclut pas de noms, mais le chef policier David MacNeil a confirmé que l’individu en question était Gabriel Wortman.

Le bref rapport indique qu’un agent de Truro a reçu des informations selon lesquelles Gabriel Wortman était contrarié par une enquête policière sur une entrée par effraction et avait « affirmé qu’il voulait tuer un flic ».

L’agent ajoute qu’une source lui a indiqué que Gabriel Wortman possédait une arme de poing et qu’il avait des « problèmes de santé mentale » qui le rendaient nerveux et agité.

Le document, d’abord obtenu par la CBC, indique également que Gabriel Wortman avait fait l’objet d’une enquête pour avoir proféré des menaces de mort à l’encontre de ses parents en juin 2010, ce qui a amené la police à conclure qu’il pourrait être en possession de plusieurs fusils.

Le chef MacNeil précise que le patrouilleur qui a préparé le bulletin l’avait soumis au Service de renseignements criminels de la Nouvelle-Écosse pour analyse et distribution aux autres corps policiers.

On peut présumer que le service de police d’Amherst l’a reçu, ajoute-t-il, puisque c’est un de ses agents qui a sorti le dossier et qui l’a transmis aux enquêteurs qui traquaient le tireur actif, le 18 avril dernier.

« Étant donné qu’aucune des adresses mentionnées n’était sur le territoire du Service de police de Truro, nous n’étions pas tenus de donner suite à ces informations, car cela incombait aux services de police de juridiction, a fait valoir M. MacNeil dans un courriel. Nous ne pouvons pas commenter ce que ces autorités ont pu faire ou ne pas faire avec ces informations. »

À l’époque, la résidence primaire de Gabriel Wortman se trouvait au-dessus de sa clinique, à Dartmouth, sur le territoire desservi par la police régionale d’Halifax. Il avait d’autres propriétés à Portapique, environ 40 kilomètres à l’ouest de Truro, sous la juridiction de la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

Le chef de police affirme que ce genre de bulletin doit normalement être envoyé à tous les services de police municipaux et à la GRC, qui mène l’enquête sur ce carnage.

Dylan Jackman, porte-parole de la police régionale d’Halifax, affirme que le corps policier avait bel et bien reçu le bulletin à l’origine et qu’un agent y avait été assigné pour faire enquête.

Ce dernier avait contacté le service de police de Truro ainsi que des membres de la famille de Gabriel Wortman, relate-t-il, mais l’affaire avait été remise à la GRC parce que les renseignements sur les armes à feu concernaient la résidence de Portapique.

La caporale Jennifer Clarke, porte-parole de la GRC, confirme que le bulletin avait été reçu en mai 2011, mais dit ne pas pouvoir fournir plus de détails sur les démarches subséquentes, car ces archives ont été purgées il y a longtemps de cela, conformément aux politiques de conservation des données.

« Selon les indications préliminaires, nous étions au courant et nous avons à tout le moins fourni de l’aide à (la police d’Halifax), ce qui correspond à l’approche de la GRC pour de telles enquêtes », a déclaré la caporale Clarke dans un courriel.

« Je ne peux pas spéculer sur la manière dont ces informations auraient pu affecter l’issue des incidents du 18/19 avril », a-t-elle répondu lorsque questionnée sur l’utilité que le bulletin aurait pu présenter pour les enquêteurs.

Les agents de la GRC ont confirmé que le tireur, déguisé en gendarme, au volant d’une réplique d’un véhicule de la police fédérale, était armé de plusieurs armes de poing semi-automatiques et de deux fusils semi-automatiques lorsqu’il a enlevé 13 vies à Portapique, en Nouvelle-Écosse, le 18 avril dernier, et neuf autres vies dans plusieurs autres communautés le lendemain.

Parmi ses victimes figurent une agente de la GRC, deux infirmières, deux agents correctionnels, une famille de trois, une enseignante et certains de ses voisins à Portapique.

Après 13 heures de terreur dans le nord et le centre de la province, un agent de la GRC a abattu le denturologiste âgé de 51 ans dans une station-service d’Enfield, à environ 90 kilomètres au sud de Portapique, le 19 avril au matin.

Plusieurs politiciens, universitaires et proches des victimes réclament la tenue d’une enquête publique sur cette tuerie de masse — l’une des pires de l’histoire du Canada. Même la province pourrait la déclencher, le premier ministre Stephen McNeil a déclaré qu’Ottawa devrait prendre les devants, étant donné l’ampleur du drame et ses nombreux enjeux d’ordre fédéral.

Or, le gouvernement de Justin Trudeau s’est seulement engagé jusqu’ici à tirer les leçons de ce massacre.